Agressivité


Que peut-on faire ?

Synthèse des textes d'experts - Avril 2012

Éditeur au développement du thème : Richard E. Tremblay, Ph.D., Université de Montréal, Canada et University College Dublin, Irlande
Thème subventionné par : Margaret & Wallace McCain Family Foundation

La plupart des enfants commettent occasionnellement des actes physiques agressifs et apprennent ensuite d’autres moyens d’exprimer leurs émotions et de résoudre les conflits. Une minorité d’enfants ne suivent cependant pas ce cheminement. Des interventions précoces permettant d’aider ces enfants à développer les réponses comportementales et émotives adéquates sont nécessaires.

L’intervention menée peut cibler directement les déficits développementaux de l’enfant à risque (par ex., en améliorant ses habiletés de régulation émotionnelle) ou les cibler indirectement, en modifiant son environnement (par ex., en offrant une formation aux parents). Les programmes ciblés combinant les interventions auprès du parent et de l’enfant au cours des années préscolaires ont entraîné l’utilisation de meilleures pratiques parentales et une réduction des comportements négatifs des enfants. Les interventions peuvent être universelles (offertes à tous les enfants, par exemple un groupe complet dans une garderie ou une maternelle) ou plutôt cibler les enfants qui présentent des problèmes spécifiques. On a montré que les visites à domicile visant à supporter les familles à risque entre la période prénatale et l’âge de 2 ans réduisent les problèmes de comportement ultérieurs. Les programmes universels en milieu préscolaire peuvent améliorer la régulation émotionnelle des enfants et réduire l’agressivité ultérieure. On a montré qu’une intervention multimodale pour les garçons agressifs offerte à la maternelle augmente la probabilité de compléter une éducation secondaire et réduit la criminalité quinze ans plus tard.

Cibles d’intervention
Le développement du contrôle volontaire pendant la petite enfance est essentiel à la réduction des comportements et impulsions agressifs. Le contrôle volontaire réfère à la régulation volontaire de l’attention et du comportement, ce qui implique notamment l’inhibition des comportements indésirables et l’activation des comportements appropriés. Le contrôle volontaire est lié au développement de la conscience et de l’empathie et à l’internalisation des normes sociales. Un piètre contrôle volontaire est associé à l’agressivité réactive, caractérisée par des réactions agressives émotives aux événements plutôt que par une agressivité gratuite non-provoquée. Un faible contrôle volontaire est aussi associé aux problèmes d’externalisation. Un parentage chaleureux et positif peut aider à réduire les problèmes de comportement mais l’effet des pratiques parentales est facilité par le contrôle volontaire des enfants. Des interventions peuvent cibler les stratégies de résolution de problèmes des enfants, soutenir une discipline parentale douce et favoriser un enseignement qui supporte l’enfant.

Les jeunes enfants développent leur maîtrise de soi, acquièrent un sentiment de réciprocité et adoptent les comportements adéquats en partie grâce aux jeux avec les pairs, plus particulièrement ceux qui exigent de jouer à tour de rôle, de négocier, d’échanger le contrôle du jeu et de se maîtriser, comme les activités ludiques turbulentes (par ex., se chamailler, se pourchasser). Les études menées auprès d’autres mammifères (rats et singes) ont montré que ces activités ludiques turbulentes sont essentielles au développement de la région du cerveau responsable du contrôle exécutif. Une conséquence du manque d’opportunités de jouer chez ces animaux est la mésinterprétation des signaux sociaux qui pourraient empêcher l’escalade vers une agression lors d’une interaction. Les enfants qui participent à des activités ludiques turbulentes présentent de meilleures habiletés sociales. De plus, le jeu avec les pairs est facilité par des expériences antérieures positives de jeu avec les parents. Ceci suggère qu’encourager le jeu pourrait aider les enfants à développer des habiletés qui les aideront à contrôler leurs impulsions agressives et à évaluer correctement les réactions de leurs pairs lors des interactions. Lorsque les activités ludiques turbulentes ne sont pas acceptées socialement, les jeux ayant des propriétés similaires (jeux à tour de rôle, qui permettent l’échange du contrôle et nécessitent une maîtrise de soi) devraient être encouragés.

En ce qui concerne l’agressivité indirecte, on doit reconnaître publiquement que l’agressivité sociale et relationnelle cause des torts graves aux victimes et que les garçons comme les filles la perpètrent. Les interventions pourraient débuter dès les années préscolaires et, de préférence, impliquer les parents et les enseignants. Le but serait d’enseigner des moyens de faire face à l’agressivité relationnelle et des stratégies pour établir des relations et résoudre des problèmes.

Peu importe la stratégie retenue, on propose plusieurs clés du succès pour que les interventions ciblant l’agressivité chez les enfants d’âge préscolaire soient efficaces :

  1. Les interventions devraient inclure les parents;
  2. Les interventions doivent être flexibles mais fidèles au protocole;
  3. Les interventions destinées aux parents devraient cibler à la fois les comportements parentaux et les connaissances qu’ont les parents sur le développement de l’enfant;
  4. Les écoles et centres de la petite enfance devraient élaborer des stratégies pour impliquer les parents dans les interventions; les besoins en matière de formation du personnel doivent y être évalués de façon réaliste.  

 

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