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Niveaux habituels d’activité physique chez les jeunes enfants

Dylan P. Cliff, Ph.D., Xanne Janssen, M.Sc.

University of Wollongong, Australie

Février 2011

Introduction

Les maladies évitables liées aux habitudes de vie constituent toujours une très grande part du fardeau des maladies à l’échelle internationale et l’inactivité physique fait partie des cinq principaux facteurs de risque qui contribuent à la mortalité dans le monde.1 Une intervention pendant les premières années de vie pourrait être nécessaire pour s’assurer que des comportements qui favorisent la santé, comme l’activité physique, soient adoptés.2 Bien que les jeunes enfants constituent le segment le plus actif de la population, des études de suivi3-9 suggèrent qu’une grande partie d’entre eux ne sont pas suffisamment actifs pour se développer de manière appropriée et pour être en santé.   

Sujet

L’activité physique est généralement catégorisée selon divers degrés d’intensité et est mesurée en équivalents métaboliques (MET) (1 MET correspond au repos).10 Se déguiser, peindre debout et marcher lentement représentent des activités physiques de faible intensité (de 1,5 à 2,9 MET) pour les jeunes enfants. Les activités physiques de nature modérée à vigoureuse (APMV) (de 3 à 8 MET) regroupent celles de plus forte intensité comme la course, les sauts et les jeux de ballons. Les comportements sédentaires (moins de 1,5 MET) sont caractérisés par des activités en position assise ou allongée, comme regarder la télévision, utiliser un ordinateur, lire et dessiner. Les habitudes naturelles d’activité physique chez les jeunes enfants sont décrites comme étant intermittentes et sont caractérisées par des cycles d’activités intenses et courtes suivies de périodes de repos ou d’activités moins exigeantes.3 Ces activités devraient surtout survenir dans le cadre de jeux actifs.11

Au cours des premières années de vie, l’activité physique a des impacts bénéfiques sur la santé et le développement3 de l’enfant et contribue à la prévention de l’obésité12 et des facteurs de risque de maladies cardiovasculaires.13-15 Elle a aussi un effet positif sur le développement osseux16 et moteur17 ainsi que sur le développement cognitif et social.11 Les habitudes quant à l’activité physique semblent se maintenir pendant l’enfance14,18 de même qu’entre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte,19 ce qui suggère que l’activité physique au cours des premières années de vie pourrait avoir une influence ultérieure sur le comportement et la santé.

Bien que tous s’entendent sur le fait qu’il soit préférable d’exercer « plus » d’activité physique, les appuis empiriques sont insuffisants pour spécifier une « dose » ou une quantité précise ou encore l’intensité d’activité physique nécessaire pour assurer la santé et un développement approprié au cours des premières années de vie.3 Par conséquent, la quantité d’activité physique recommandée pour les tout-petits (de un à trois ans) et les enfants d’âge préscolaire (de trois à cinq ans) diffère légèrement entre les États-Unis et l’Australie. Les lignes directrices de la National Association for Sport and Physical Education (NASPE) des États-Unis recommandent au moins 30 minutes d’activité physique structurée et de 60 minutes à plusieurs heures d’activité physique non structurée sur une base quotidienne20 pour les tout-petits. Pour les enfants d’âge préscolaire, la NASPE recommande au moins 60 minutes d’activité physique structurée et de 60 minutes à plusieurs heures d’activité non structurée par jour.20 En Australie, il est recommandé que les tout-petits et les enfants d’âge préscolaire soient actifs physiquement tous les jours, pendant au moins trois heures réparties sur toute la journée.21 Puisqu’il n’est pas spécifié si l’activité physique doit être d’une intensité précise pour entraîner des répercussions positives sur la santé,3 l’activité physique pour ce groupe d’âge comprend tous les mouvements quotidiens de faible intensité et d’intensité modérée à vigoureuse.

Problèmes et contexte de la recherche

Puisqu’il est difficile de mesurer précisément les habitudes individuelles d’activité physique chez les jeunes enfants, ce secteur de recherche n’a pas beaucoup progressé. Les autoévaluations ne peuvent être envisagées en raison de l’âge des participants et les déclarations des parents comportent des biais inhérents.22,23 Ceux-ci s’expliquent en partie par le fait que l’activité physique des jeunes enfants ne se produit pas dans le cadre de séances structurées et délimitées dans le temps, telles que les séances d’activité physique typiques des adultes. L’observation directe offre une méthode plus objective. Toutefois, elle s’applique uniquement à des endroits confinés comme la garderie ou le centre préscolaire.22 Les accéléromètres sont accessibles et acceptables et procurent une validité et une fiabilité appropriées pour évaluer l’activité physique chez les jeunes. De plus, comme ils recueillent des données objectives en temps réel et qu’ils sont assez sensibles pour détecter les mouvements de faible intensité, ils conviennent particulièrement aux études effectuées auprès de jeunes enfants.24,25 Une des limitations de l’accélérométrie se trouve dans le fait que les seuils numériques définissant le comportement sédentaire, l’activité physique de faible intensité et l’APMV n’ont pas encore été établis pour les enfants d’âge préscolaire.25 Or, l’utilisation de différentes définitions peut avoir des répercussions importantes sur les estimés de prévalence.24,26

Questions clés pour la recherche

Les études utilisant l’accélérométrie ont exploré les niveaux d’activité physique des jeunes enfants pendant une semaine typique, et plus spécifiquement à la garderie ou au centre préscolaire. Ces études ont aussi tenté de quantifier la durée de l’activité physique de faible intensité et de l’APMV chez les enfants d’âge préscolaire. Certaines études ont également évalué si les lignes directrices en matière d’activité physique étaient respectées.

Récents résultats de recherche

Les études ayant utilisé l’accélérométrie ont permis des découvertes importantes concernant les habitudes des jeunes enfants en matière d’activité physique. Ces études indiquent que les enfants de trois à cinq ans allouent environ 60 minutes par jour à l’APMV (étendue : de 20 à 90 minutes),3-7 ce qui correspond à environ 8 % (étendue : de 3 % à 12 %)3-7 des plus ou moins 13 heures pendant lesquelles ils sont éveillés.27 De plus, les jeunes enfants semblent effectuer une quantité considérable d’activité physique de faible intensité : de 80 à 150 minutes par jour (approximativement), c.-à-d. de 11 % à 20 % (étendue : de 5 % à 33 %) des heures pendant lesquelles ils sont éveillés.3-7 Ainsi, les estimations actuelles laissent entendre que les enfants d’âge préscolaire effectuent de 2 à 3.5 heures d’activité physique par jour. Il est plausible que la majeure partie de cette activité ait lieu en garderie ou au centre préscolaire, bien qu’une revue récente de 13 études faites avec des mesures objectives a conclu que les niveaux habituels d’activité physique chez les jeunes enfants en garderie étaient faibles et qu’ils y accumuleraient moins de 60 minutes d’APMV par jour.8

Il est important de noter qu’il existe de grandes différences, voire des contradictions entre les études. Des rapports récents provenant d’Australie4 et du Portugal5 suggèrent que le temps d’activité total mesuré objectivement chez les enfants d’âge préscolaire correspond à environ 110-120 minutes par jour, tandis qu’une autre étude menée aux États-Unis indique que les enfants d’âge préscolaire effectuent quotidiennement à peu près 320 minutes d’activité physique.6 Le respect des lignes directrices en matière d’activité physique varie également d’un pays à l’autre. Par exemple, selon une étude australienne, 56 % des enfants d’âge préscolaire effectuent trois heures ou plus d’activité physique par jour la semaine et 79 % les weekends, selon les rapports des parents.28 Cependant, selon une étude portugaise basée sur des mesures accélérométriques, seulement 74 % des enfants d’âge préscolaire effectuent quotidiennement deux heures ou plus d’activité physique.5 De plus, une revue récente de 39 études a conclu que seulement 54 % des jeunes enfants effectuaient 60 minutes ou plus d’APMV par jour.9 Des problèmes méthodologiques, comme l’utilisation de différents instruments de mesure, le recours à diverses définitions de l’intensité de l’activité physique et l’interprétation variable des lignes directrices, ont clairement eu des répercussions sur notre compréhension des habitudes en matière d’activité physique au cours des premières années de vie.

Lacunes de la recherche

Puisque plusieurs pays n’ont commencé que récemment à établir des lignes directrices en matière d’activité physique au cours des premières années de vie et que certains d’entre eux, comme l’Australie et le Royaume-Uni, sont en voie d’établir ces recommandations à l’heure actuelle, des données représentatives à l’échelle nationale ne sont pas encore disponibles. Des sondages longitudinaux nationaux doivent être réalisés instamment afin de mieux comprendre les habitudes des jeunes enfants en matière d’activité physique et de déterminer la proportion de jeunes enfants qui effectuent la quantité d’activité physique quotidienne recommandée. Actuellement, très peu de données sont disponibles concernant les enfants de moins de trois ans et il n’est pas clair si certains groupes socio-démographiques ont besoin d’un support particulier pour suivre les lignes directrices. Malgré l’existence des lignes directrices, il n’existe pas encore de consensus quant à la quantité et à l’intensité de l’activité physique requise pour optimiser la santé et le développement au cours des premières années de vie, ce qui fait en sorte que les recommandations des États-Unis diffèrent de celles de l’Australie. Pour ces raisons, la recherche sur les relations entre l’activité physique mesurée de manière objective et l’évolution du développement et de la santé demeure nécessaire.

Conclusions

L’activité physique joue un rôle important en ce qui a trait à la santé et au développement des jeunes enfants. Toutefois, les habitudes de vie et les environnements contemporains semblent empêcher certains enfants d’effectuer une quantité appropriée d’activité physique. Puisque les habitudes de vie actives se dessinent au cours des premières années de vie, l’inactivité physique pendant l’enfance pourrait avoir des conséquences à court et à long terme sur la santé, le comportement, le développement social et émotionnel ainsi que le fonctionnement cognitif des enfants.

Implications pour les parents, les services et les politiques

Les personnes et les institutions qui influencent la vie des jeunes enfants doivent s’assurer qu’ils ont l’opportunité d’effectuer la quantité recommandée d’activité physique; ils doivent aussi s’assurer que cette activité physique est adaptée au stade de développement et bénéfique pour la santé. Ils pourraient y parvenir grâce à des jeux actifs non structurés et à des expériences d’apprentissage structurées, à la maison et à la garderie, par le biais du transport actif, avec une approche axée sur le plaisir et acceptée sur le plan social et culturel. Des systèmes de suivi nationaux sont requis pour établir précisément les niveaux d’activité physique des enfants au cours des premières années de vie, décrire leurs habitudes en la matière et déterminer si des interventions ciblées sont nécessaires pour certains segments de la population.

Références

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Pour citer cet article :

Cliff DP, Janssen X. Niveaux habituels d’activité physique chez les jeunes enfants. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Reilly JJ, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/activite-physique/selon-experts/niveaux-habituels-dactivite-physique-chez-les-jeunes-enfants. Publié : Février 2011. Consulté le 25 août 2019.