[Archivé] Maltraitance de l’enfant et impact sur son développement psychosocial. Commentaires sur Pollak, Toth et Cicchetti, et Trocmé


University of Sydney & The Children’s Hospital at Westmead, Australie

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Introduction

Ces trois articles traitent de l’incidence élevée de la maltraitance envers les enfants, des multiples facteurs impliqués, de l’importance de la famille de l’enfant et des graves conséquences sur le développement observées chez plusieurs enfants maltraités. Les auteurs soulignent que non seulement cela porte atteinte à l’enfance de ces victimes, mais qu’une certaine proportion d’entre elles continue à éprouver des problèmes dans leur vie adulte.

L’article de Trocmé sur l’épidémiologie de la maltraitance souligne la gamme des expériences violentes dont les enfants peuvent souffrir (violence physique, abus sexuel, négligence et maltraitance affective). Il fournit des renseignements utiles sur la prévalence de la maltraitance, informe sur les types de blessures et présente des données qui montrent une augmentation des enquêtes sur la maltraitance envers les enfants au Canada. Ces informations complètent les deux premiers articles.

Chaque article souligne l’importance des définitions claires, élément essentiel si l’on souhaite obtenir des études précises sur la prévalence et comparer les diverses études portant sur les issues de la maltraitance.

Bien que ces trois articles se concentrent sur des données canadiennes et américaines, il existe aussi de la documentation dans d’autres pays sur les résultats similaires des impacts négatifs de la violence sur le développement des enfants.1-3 Un récent numéro de la revue Child Abuse & Neglect, the International Journal a documenté les conséquences de la maltraitance envers les enfants au Moyen-Orient,4 en Scandinavie5 et dans quatre pays de l’Europe de l’Est.6

Recherches et conclusions

Selon l’auteur de ce commentaire, voici la liste des résultats clés qui se dégagent de la recherche et des conclusions de chaque article :

1.   Pollak

  • À quel point l’adversité ou le traumatisme au début de la vie peut conduire à une gamme de problèmes incluant la dépression, l’abus de substances, les problèmes de santé et la tristesse générale des années après  la maltraitance.
  • Le fait que les enfants qui vivent dans des familles violentes sont exposés à des formes mal adaptées de communication affective et de comportement ainsi qu’à de mauvais modèles d’autorégulation adaptative.
  • Le besoin de distinguer les effets de la maltraitance de ceux de la pauvreté.
  • À quel point l’expérience violente peut changer l’enfant et à quel point le type particulier de maltraitance interagit avec l’étape développementale de l’enfant.
  • La façon dont les expériences traumatisantes des enfants peuvent sélectivement augmenter leur sensibilité à des signaux affectifs.

2.  Toth and Cicchetti

  • Le manque de critère opérationnel clair pour définir la maltraitance envers les enfants.
  • La maltraitance n’influence pas tous les enfants de la même façon.
  • L’importance de la recherche sur la façon dont la maltraitance pendant la petite enfance donne lieu à la formation d’un lien d’attachement insécure entre l’enfant et les personnes qui en prennent soin.
  • Les conséquences négatives en matière d’abus de substances, de problèmes scolaires et de comportement criminel chez certains jeunes et adultes qui ont subi la maltraitance pendant leur enfance.
  • Le manque de preuves solides sur l’efficacité des interventions destinées aux enfants maltraités.

3.  Trocmé

  • La large gamme d’expériences d’abus et l’importance de les examiner séparément.
  • Une analyse des cas fondés de la maltraitance au Canada chez les groupes d’âges divers, pour lesquels on a fourni des preuves, et montrant une incidence élevée dans les premières années fondamentales de la vie.
  • L’importance de développer systématiquement des programmes de traitement pour répondre aux besoins des enfants maltraités.

Bien que l’auteur de ce commentaire soit généralement d’accord avec les recherches et les conclusions de ces auteurs, d’autres facteurs devraient aussi être considérés.

Une des questions importantes est celle-ci : les conséquences de la violence envers l’enfant résultent-elles de l’abus ou des environnements défavorables dans lesquels l’enfant reste? Des épisodes de maltraitance pourraient être considérés comme un signal de graves problèmes familiaux sous-jacents, qui, s’ils ne sont pas traités, continueront à avoir des effets négatifs sur l’enfant. C’est probablement l’environnement, plutôt que l’épisode de violence, qui a produit ces effets négatifs issus de la violence.

Toth et Cicchetti ont souligné que le fait de retirer un enfant maltraité de sa famille ne constituait pas un traitement. Bien que ce soit vrai, dans certaines familles, c’est peut-être la meilleure option pour l’enfant, en autant que le retrait soit suivi par un placement stable, à long terme, dans une famille qui pourra bien s’occuper de l’enfant.

Quand on examine les conséquences négatives chez les enfants maltraités, on doit prendre en compte les événements qui interviennent dans la vie. Il est vrai que les enfants maltraités sont plus susceptibles de vivre davantage d’événements négatifs, peut-être à cause de leurs circonstances familiales et de l’impact de l’abus. Cependant, lorsque l’on documente les conséquences chez les enfants maltraités, il est important d’examiner l’impact des événements négatifs entre les abus et le moment de la réévaluation pour déterminer jusqu’à quel degré le résultat peut être relié à des événements négatifs plutôt qu’à l’abus.

Les articles de Pollak, Toth et Cicchetti font brièvement référence à la possible importance des facteurs neurobiologiques. Des données intrigantes sont apparues dans ce domaine. Chez les souris génétiquement conçues, on a montré que l’absence d’un gène, le fosB, semble interférer avec la capacité de la souris mâle et femelle de bien s’occuper de leur progéniture.7 Voici la preuve que les influences génétiques sont des facteurs importants pour ce qui est de la modification du comportement. Dans la revue Science,8 un article récent soulevait la question suivante « Pourquoi certains enfants maltraités grandissent en développant un comportement antisocial alors que d’autres ne le font pas? ». On a découvert que les enfants maltraités dont le génotype contenait des niveaux élevés de monoamine-oxydase A (un neurotransmetteur qui métabolise les enzymes) étaient moins susceptibles de développer des problèmes antisociaux. Ceci peut, en partie, expliquer la variation des séquelles de maltraitance. Le génotype d’un enfant peut modérer la sensibilité à une insulte environnementale comme la maltraitance. De telles découvertes pourraient avoir des implications pour ce qui est des formes de traitement plus intenses à offrir aux familles et aux enfants le plus à risque.

Il est important que les neuroscientifiques, les généticiens et les scientifiques sociaux travaillent ensemble puisqu’il y a des occasions intéressantes de mieux comprendre la maltraitance envers les enfants et son traitement.

Enfin, l’incidence d’une forme particulière de violence, l’abus sexuel envers les enfants, est en décroissance, du moins aux États-Unis.9 Les raisons ne sont pas claires, mais une meilleure compréhension de ce phénomène peut aider à trouver des stratégies pour réduire les autres formes de maltraitance envers les enfants.

Implications pour les politiques et les services

Ces trois articles très utiles soulignent l’importance de bien définir le problème de l’abus, le besoin de suivre précisément son incidence et l’importance d’offrir des programmes de traitement appropriés aux enfants ainsi qu’aux familles. Ces programmes doivent absolument être évalués adéquatement. Une façon d’y parvenir serait de réserver une proportion du budget destiné à ces programmes pour s’assurer que des évaluations rigoureuses soient effectuées et qu’ainsi, les programmes efficaces soient poursuivis, contrairement aux programmes inadéquats.

La maltraitance envers les enfants est un problème extrêmement complexe qui implique quatre éléments : 1) un environnement de maltraitance dans lequel l’enfant est exposé à des abus, 2) l’épisode d’abus en soi, qu’il s’agisse d’un événement isolé ou continu, 3) l’interaction complexe des événements subséquents affectant le développement ultérieur de l’enfant, et 4) une prédisposition génétique qui peut contribuer à expliquer pourquoi certains enfants sont plus résilients que d’autres.

Le développement de politiques doit reconnaître tous ces facteurs afin de s’assurer que les divers groupes professionnels concernés sont au courant de leurs recherches et progrès cliniques respectifs (ainsi que des échecs) et qu’ils travaillent ensemble afin de combattre ce grave et envahissant problème.

Références

  1. Oates RK, Peacock A, Forrest D. The development of abused children. Developmental Medicine and Child Neurology 1984;26(5):649-656.
  2. Swanston HY, Tebbutt JS, O’Toole BI, Oates RK. Sexually abused children five years after presentation: a case-control study. Pediatrics 1997;100(4):600-608.
  3. Fergusson DM, Lynskey MT. Physical punishment/maltreatment during childhood and adjustment in young adulthood. Child Abuse & Neglect 1997;21(7):617-630.
  4. Thabet AAM, Tischler V, Vostanis P. Maltreatment and coping strategies among male adolescents living in the Gaza Strip. Child Abuse & Neglect 2004;28(1):77-91.
  5. Peleikis DE, Mykletun A, Dahl AA. The relative influence of childhood sexual abuse and other family background risk factors on adult adversities in female outpatients treated for anxiety disorders and depression. Child Abuse & Neglect 2004;28(1):61-76.
  6. Sebre S, Sprugevica I, Novotni A, Bonevski D, Pakalniskiene V, Popescu D, Turchina T, Friedrich W, Lewis O. Cross-cultural comparisons of child-reported emotional and physical abuse: rates, risk factors and psychological symptoms. Child Abuse & Neglect 2004;28(1):113-127.
  7. Brown JR, Ye H, Bronson RT, Dikkes P, Greenberg ME. A defect in nurturing in mice lacking the immediate early gene fosB. Cell 1996;86(2):297-309.
  8. Caspi A, McClay J, Moffitt TE, Mill J, Martin J, Craig IW, Taylor A, Poulton R. Role of genotype in the cycle of violence in maltreated children. Science 2002;297(5582):851-854.
  9. Jones LM, Finkelhor D. Putting together evidence on declining trends in sexual abuse: a complex puzzle. Child Abuse & Neglect 2003;27(2):133-135.

Pour citer cet article :

Oates RK. [Archivé] Maltraitance de l’enfant et impact sur son développement psychosocial. Commentaires sur Pollak, Toth et Cicchetti, et Trocmé. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. MacMillan HL, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. https://www.enfant-encyclopedie.com/maltraitance-des-enfants/selon-experts/maltraitance-de-lenfant-et-impact-sur-son-developpement. Publié : Janvier 2005. Consulté le 3 décembre 2022.

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