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Immigration, acculturation, et pratiques parentales

1Marc H. Bornstein, Ph.D., 2Yvonne Bohr, Ph.D., 2Kayla Hamel, M.A.

1Eunice Kennedy Shriver National Institute of Child Health and Human Development, États-Unis, Institute for Fiscal Studies, Royaume-Uni, UNICEF, États-Unis, 2LaMarsh Centre for Child and Youth Research, Faculty of Health, York University, Canada

Décembre 2020, Éd. rév.

Sujet

Plus de 272 millions de personnes partout dans le monde sont des migrants internationaux,1 auxquels s’ajoutent des millions qui effectuent une migration interne. Le processus d’immigration implique un déplacement qui a des effets importants sur la vie familiale, notamment en raison des changements culturels inhérents à la réinstallation. Des recherches en plein essor sont axées sur les répercussions de l’immigration et de l’acculturation sur les pratiques parentales.

Introduction et contexte de la recherche

Les pratiques parentales constituent un nœud central dans le lien qui unit la culture et un développement humain adaptatif.2

Les parents de chaque génération ont la tâche importante et continue d’assurer l’enculturation de la prochaine génération, c’est-à-dire de préparer les enfants à bien fonctionner dans des situations physiques, économiques et psychosociales propres à leur culture.3 L’adaptation optimale de l’enfant est assurée par des processus de socialisation qui impliquent notamment l’enseignement de la culture. Les modèles de pratiques parentales propres à chaque culture créent des variations dans l’éducation des enfants qui peuvent être évidentes ou subtiles, mais qui sont toujours déterminantes en ce qui a trait au respect du cadre d’une culture particulière et de ses besoins.4 Les parents de toutes les cultures se doivent d’élever et de protéger les jeunes enfants,5,6 mais la culture influence un plus large éventail de cognitions parentales et les pratiques liées à l’éducation et au développement des enfants.7,8,9,10,11,12 De plus, les effets de certaines cognitions et pratiques parentales sur des domaines spécifiques du développement des enfants varient en fonctions de contextes culturels spécifiques de sorte que le fait qu’une cognition ou une pratique parentale donnée soit « adaptive » ou « inadaptée »  variera selon les cultures et les contextes.13,14 Il est possible que les pratiques parentales et ses effets ultérieurs sur le développement des enfants soient soumis à des transformations complexes lorsque les familles émigrent d’une culture pour aller s’installer dans une autre.

Questions clés pour la recherche

  • Dans quelle mesure la migration d’une culture vers une autre change-t-elle les cognitions et les pratiques parentales? 
  • Quels sont les défis uniques auxquels les parents immigrants font face en matière d’acculturation?
  • Comment l’immigration et l’acculturation affectent-elles les pratiques parentales et, par conséquent, le développement de l’enfant?

Résultats de recherche récents

Acculturation des parents

L’acculturation est nécessaire à l’immigration. Elle comporte des processus de changements culturels et psychologiques – par exemple, de coutumes, de langage et de valeurs – qui se produisent à la suite du contact entre deux ou plusieurs groupes culturels et leurs membres.15,16  

Les premiers modèles nominaux et catégoriques sur l’acculturation ont dévoilé que tous les individus qui immigrent vers une nouvelle culture subissent l’une des quatre issues possibles, qui ont été classés entre hauts niveaux et bas niveaux d’acculturation de leur culture d’origine vers la nouvelle culture du pays de destination.17 Au fur et à mesure de l’évolution des recherches dédiées à l’acculturation, il a été déterminé que cette structure était une simplification exagérée.4,18,19 L’application du principe de la spécificité à la science de l’acculturation a conduit à une conceptualisation plus nuancée et valide de l’acculturation qui converge vers de nombreux facteurs psychologiques, socioculturels et biologiques qui modulent le processus aboutissant à l’acculturation. Le principe de la spécificité dans la science de l’acculturation stipule que « les conditions propres au milieu pour des personnes spécifiques à des périodes spécifiques régulent des domaines spécifiques de l’acculturation par des processus spécifiques ».4 Grâce à cette structure, les issues de l’acculturation sont idiosyncrasiques, dynamiques et variables entre les domaines de fonctionnement, des stipulations qui reflètent avec plus de précision les résultats des études consacrées à l’acculturation et les expériences vécues des migrants internationaux et internes. Les différences individuelles (à savoir le sexe, l’âge, les cultures des pays d’origine et de destination, les motifs de migration, le statut juridique et l’historique) figurent parmi les facteurs qui varient d’un individu à l’autre et contribuent à divers résultats d’un processus d’acculturation transactionnelle, tel qu’adopté par le principe de la spécificité.

L’immigration et l’acculturation sont des expériences de désorganisation et de réorganisation qui nécessitent une modification de l’identité sociale et de l’image de soi. Les immigrants doivent négocier avec de nouvelles cultures et apprendre à vivre dans plusieurs systèmes nouveaux et différents, souvent sans le soutien des réseaux sociaux qui leur sont familiers. L’acculturation nécessite d’ajuster les réponses dictées par nos scripts de vie bien enracinés de façon à compenser les différences culturelles et le bouleversement des rôles familiaux connus. Les parents immigrants amènent de leur contexte culturel d’origine des modèles conceptuels de ce qu’est un bon parent et de ce qui constitue des stratégies adéquates d’éducation des enfants. Quand ils migrent dans une nouvelle culture, ils constatent que les agents de socialisation de la nouvelle culture d’accueil, comme les autres parents, les enseignants et les professionnels, peuvent avoir d’autres conceptions de ce qu’est un bon parent et d’autres stratégies d’éducation des enfants.4,20,21 Dans le cadre de leur acculturation, les parents immigrants doivent décider quelles cognitions et quelles pratiques ils désirent conserver de leur culture natale, lesquelles ils veulent modifier et quelles nouvelles conventions ils souhaitent adopter. Dans de telles circonstances, la plupart des parents en acculturation sont amenés à devenir, jusqu’à un certain point, biculturels, en adoptant de façon simultanée des cognitions et des pratiques de la nouvelle culture d’accueil tout en conservant celles de leur culture d’origine.22,23,24 Les personnes biculturelles, celles qui n’éprouvent aucune difficulté à voguer entre leur culture d’origine et celle de leur pays d’adoption, peuvent présenter une certaine acculturation en ce qui concerne leur culture de destination dans certains domaines de fonctionnement, mais épousent davantage leur culture d’origine dans d’autres. Par exemple, l’exercice de certaines pratiques religieuses de la culture d’origine peut se poursuivre dans le pays de destination,25 mais certaines facettes de la personnalité peuvent évoluer pour davantage coïncider avec la culture de destination.26 L’adaptation culturelle (l’adoption de certains éléments de la culture d’accueil) est souvent préférée dans le domaine public et le maintien de la culture (retenir certains éléments de la culture d’origine) l’est généralement dans le domaine privé. Par exemple, les parents immigrants turcs et marocains des Pays-Bas accordent une plus grande importance au maintien de la culture à la maison et dans le contexte familial, mais considèrent l’adaptation importante pour fonctionner dans les situations de travail.27 Plutôt qu’une association uniforme d’un profil d’acculturation particulier avec des résultats positifs, il a été démontré que de hauts niveaux de biculturalisme étaient des facteurs de prédiction non seulement positifs, mais aussi sélectifs de l’estime de soi, du comportement prosocial, de l’adaptation, des relations familiales solides et d’une bonne santé mentale chez les immigrants.28,29,30,31

Les immigrants n’acceptent pas toujours ou facilement toutes les cognitions ou pratiques de leur culture d’accueil.32,33 Par exemple, les parents immigrants canadiens d’origine chinoise permettent aux grands-parents de prendre soin de leurs enfants, en fonction des attentes et des normes de leur culture d’origine, mais le font malgré les difficultés émotives et la désapprobation vécues au sein de leur culture d’accueil.34 De plus, et en général, les pratiques parentales semblent migrer plus aisément que les cognitions parentales.4 Par exemple, certaines cognitions des mères japonaises immigrantes restent semblables aux cognitions correspondantes des mères au Japon ou se situent entre les cognitions des mères japonaises et celles des mères européennes américaines, alors que certaines pratiques parentales se modifient pour ressembler davantage à celles des mères européennes américaines qu’à celles des mères japonaises.35,36,37,38 De plus, les différents groupes d’immigrants conservent ou adoptent de manière différente les cognitions et les pratiques propres à la culture.4,39 Ainsi, les mères immigrantes d’Amérique du Sud ont plus de cognitions et de pratiques en commun avec les mères américaines de leur culture d’accueil qu’avec les mères de leur culture d’origine.35,36

Autres défis pour les parents immigrants

Il est possible que les pratiques non conventionnelles des parents immigrants soient mal comprises, voire jugées durement par les membres du personnel des services d’éducation, de santé mentale et de protection de l’enfant qui ne connaissent pas bien la culture d’origine de la famille contribuant ainsi aux expériences de discrimination et d’exclusion sociale tant pour les parents que pour les enfants.40,41 Les parents qui immigrent peuvent se soumettre sur une base régulière à un examen axé sur les lois et coutumes de la culture du pays de destination, au moyen de mesures qui n’ont pas été validées dans tous les groupes, et pourraient ainsi ne pas être suffisamment sensibles ou efficaces dans l’évaluation des populations immigrantes.42,43,44 En conséquence des contraintes systémiques sur leur capacité d’influencer leur nouvel environnement au nom de leurs enfants, par exemple quand vient le temps d’apprivoiser un système d’éducation qu’ils ne connaissent pas, les parents immigrants peuvent se sentir beaucoup moins efficaces dans leur rôle parental.45,46 Cette situation peut être particulièrement difficile pour les parents sans papiers qui peuvent restreindre leur mobilité et l’extension des services dans leurs communautés par crainte de déportation ou de séparation familiale.47 Les parents qui ont de grands espoirs en ce qui a trait à l’avenir scolaire de leurs enfants, mais qui sont eux-mêmes peu éduqués, peuvent être mal à l’aise avec le nouveau système scolaire. Il se peut qu’ils ne soient pas en mesure d’aider leurs enfants avec leurs devoirs, qu’ils vivent des contraintes culturelles quant à la manière d’interagir avec les figures d’autorités du système d’éducation et qu’ils aient ainsi plus de difficulté à discuter avec les enseignants et les administrateurs.

En outre, les pairs et les écoles ont une grande influence sur la socialisation des jeunes et peuvent faire en sorte que les enfants deviennent acculturés plus rapidement et plus en profondeur que leurs parents.48 

C’est ce que l’on appelle l’acculturation dissonante,49 « quand l’apprentissage de l’anglais et des mœurs américaines et la perte simultanée de la culture d’origine chez les enfants dépassent ceux de leurs parents ». L’acculturation dissonante mène souvent à une augmentation du nombre de conflits entre les parents et les enfants de familles immigrantes et pose des défis aux enfants sur le plan de l’adaptation, y compris un fonctionnement scolaire diminué et des symptômes dépressifs exacerbés.50,51,52,53,54 Comme les familles immigrantes composent avec deux cultures, de la tension et des conflits peuvent aussi naître entre les parents, qui souhaitent inculquer leurs croyances traditionnelles à leur progéniture, et les enfants, qui souhaitent se faire accepter par les pairs de la culture d’accueil et se conformer à leurs mœurs.55 Paradoxalement pour les deux parties, les enfants jouent parfois le rôle de traducteurs ou de courtiers culturels pour aider leurs parents immigrants.56

L’éducation transnationale des enfants de parents immigrants comporte des défis particuliers.57,58,59 Dans le cadre de la migration internationale, les parents vivent généralement des transformations profondes qui peuvent être compliquées par les périodes prolongées et potentiellement nuisibles au cours desquelles ils sont séparés de leurs enfants.57 Les séparations peuvent être volontaires ou involontaires. Dans les deux cas, l’immigration et la séparation exigent de grands sacrifices de la part des parents pour leurs enfants, en déménageant souvent vers un nouveau continent et une nouvelle culture, après de grands sacrifices économiques, physiques et psychologiques. La décision des parents d’immigrer volontairement sans leurs enfants est le plus souvent fondée sur leur souhait d’assurer un meilleur avenir et un développement optimal à leurs enfants, en leur offrant un niveau de vie supérieur sur le plan économique, un accès aux soins de santé, un milieu de vie plus sûr et des possibilités d’épanouissement scolaire et professionnel. Par exemple, nous assistons actuellement à une crise migratoire en Amérique latine, conséquence des taux importants de violence dans les communautés, de l’instabilité politique et des troubles économiques qui caractérisent la région. De nombreux parents du Triangle Nord (à savoir, El Salvador, le Guatemala et le Honduras) entreprennent un voyage dangereux à travers l’Amérique centrale et le Mexique vers les États-Unis, où ils aspirent à un avenir meilleur.60 Les contraintes inhérentes à la migration vers les États-Unis sont telles que de nombreux parents prennent la décision difficile de partir sans leurs enfants et de migrer seuls; le nombre de mères qui migrent sans leurs enfants a augmenté au cours des toutes dernières années, ce qui se manifeste dans une très grande quantité de familles confrontées à la détresse de la séparation.61 Un nombre considérable d’enfants mineurs non accompagnés font également ce voyage, souvent pour retrouver leur famille de l’autre côté de la frontière :62 entre octobre 2018 et septembre 2019, plus de 72 000 enfants non accompagnés et 450 000 familles ont été appréhendés à la frontière séparant le Mexique des États-Unis (ces données ne comprennent pas les individus qui ont réussi à traverser sans être repérés).63 Ces statistiques sont d’autant plus inquiétantes à la lumière de l’ubiquité des expériences traumatiques vécues sur ce long trajet à travers le Mexique, où les migrants font face à des risques immenses d’exploitation et de violences, tant physiques que sexuelles. Ces expériences traumatiques sont associées aux traumatismes subis avant la migration et engendrent d’importants effets néfastes cumulatifs sur la santé mentale.64

Dans les cas où les séparations familiales sont prolongées, des problèmes d’attachement ont été relevés : les enfants s’ennuient des personnes qui ont subvenu à leurs besoins pendant la séparation et ils évitent leurs parents biologiques, devenus étrangers, au moment de la réunification familiale. La déception, le stress et la dépression des parents qui résultent de cette situation sont communs, tout comme les difficultés à renouer des liens avec leurs enfants et à rétablir leur autorité. Nous savons que les parents qui se séparent de leurs enfants en raison de leur migration ressentent de l’ambivalence et de la culpabilité.34 Réciproquement, les enfants séparés de leurs parents ressentent de nombreux effets négatifs sur leur santé mentale, leur bien-être, et sur leurs critères socioaffectifs et de développement, des effets qui se manifestent lorsque la séparation se prolonge ou est associée à des facteurs de stress supplémentaires, comme le manque affectif ou les difficultés financières.65,66 Les politiques gouvernementales risquent d’aggraver les expériences traumatiques vécues par de nombreuses familles immigrantes; on observe un excellent exemple aux États-Unis où la politique d’immigration a instauré la séparation forcée des enfants et de leurs parents ou tuteurs à la frontière avec le Mexique.67 Malgré la révocation de cette politique, les efforts actuellement déployés pour la détention et la déportation d’immigrants non autorisés sur le territoire des États-Unis ont accentué les séparations familiales lorsque les parents d’enfants nés aux États-Unis sont renvoyés dans leur pays natal. Les séparations forcées sont hautement préjudiciables pour la santé mentale des enfants et peuvent être particulièrement néfastes lorsqu’elles relèvent d’une décision juridique, comme une déportation, en raison des impacts négatifs concomitants que représentent la honte, la stigmatisation, la perte de soutien social et les traumatismes.68 Les menaces et les craintes continues de déportation contribuent à établir un climat de peur dans les communautés d’immigrants et engendrent des conséquences négatives supplémentaires sur la santé mentale des enfants, des parents et des communautés.61

Effet de l’immigration et de l’acculturation

Nous manquons encore de connaissances en ce qui concerne les influences du statut d’immigrant et de l’acculturation sur les pratiques parentales auprès des jeunes enfants.69 Nous savons que les parents immigrants sont exposés à une foule de facteurs de stress acculturatifs et courent souvent un risque accru de vivre un stress lié à leur rôle de parents et d’autres difficultés sur le plan de la santé mentale.70,71,72 De plus, la migration amène souvent des problèmes d’adaptation chez les parents, un manque de temps passé avec leurs enfants et des barrières linguistiques qui peuvent perturber les relations entre les parents et les enfants.73,74 Toutefois, les parents qui immigrent peuvent par conséquent avoir accès à de nouvelles ressources, ce qui facilite leur capacité à prendre en charge leurs enfants efficacement. Les parents qui suivent une trajectoire biculturelle et s’intègrent dans le pays de destination, par rapport à ceux qui n’y parviennent pas, peuvent profiter de nombreux avantages, comme des interactions positives et affectives plus fréquentes avec leurs enfants et de meilleurs résultats scolaires pour ces derniers.4,75    

Lacunes de la recherche

L’étude de l’interaction entre l’immigration internationale, l’acculturation et les pratiques parentales est en cours et constamment affecté par les événements et présente donc naturellement de nombreuses lacunes, et des questions sont toujours sans réponse. La recherche idéale est tout particulièrement délicate, car elle serait de nature longitudinale et conçue pour inclure des évaluations avant et après la migration en utilisant trois groupes (en comparant les familles, par ailleurs équivalentes, qui émigrent d’une culture d’origine, les familles qui restent dans cette culture d’origine et les familles originaires de la culture de destination). Cette recherche irait de manière optimale au-delà des auto-rapports pour inclure des rapports indépendants, des observations et des données expérimentales.4,76 

  • Quels avantages et inconvénients l’acculturation parentale au pays de destination offre-t-elle aux enfants d’immigrants?
  • Quels facteurs modèrent la relation entre l’acculturation parentale et les résultats du développement de l’enfant?
  • Comment les changements dans les cognitions et les pratiques parentales sont-ils payants?
  • Que pensent les parents immigrants du changement de leurs cognitions et pratiques parentales?
  • Les parents immigrants changent-ils leurs cognitions et leurs pratiques parentales consciemment et délibérément, ou plutôt inconsciemment et fortuitement?
  • Quelles raisons donnent les parents immigrants pour conserver ou abandonner les cognitions et les pratiques parentales de leur culture d’origine?
  • Comment les cognitions et les pratiques de la culture d’origine des parents immigrants peuvent-elles être intégrées à leur nouvelle vie et jouent-elles un rôle utile, du moins partiellement, au sein de la culture de destination?
  • Comment les cultures de destination peuvent-elles être plus ouvertes aux cognitions et aux pratiques parentales issues de la culture d’origine des immigrants?

Conclusion

L’immigration et l’acculturation exercent des forces de transformation considérables sur les familles. Lorsque les parents migrent vers une nouvelle culture, ils gardent de leur culture d’origine une connaissance implicite de l’éducation des enfants et des objectifs pour le développement de leur progéniture, mais ils entrent également en contact avec de nouvelles cognitions implicites et de nouvelles pratiques explicites concernant l’éducation des enfants dans la culture de destination. L’acculturation oblige donc les parents à composer avec les cognitions et les pratiques parentales des deux cultures. La manière dont les gens s’acculturent, le degré auquel ils s’adaptent et leurs cheminements d’adaptation présentent des différences individuelles et collectives importantes. Compte tenu de l’essor de la migration internationale au XXIe siècle, de plus amples études sont nécessaires pour obtenir une analyse plus approfondie de l’impact du statut d’immigrant et de l’acculturation sur les pratiques parentales et le développement de l’enfant.

Implications pour les parents, les services et les politiques

Étant donné que les parents qui immigrent pour améliorer le sort de leurs enfants peuvent faire face à des défis inattendus (dont beaucoup sont liés à l’acculturation) en ce qui concerne leur rôle de parent, il est nécessaire de mettre à la disposition des familles immigrantes des services de soutien communautaires adéquats et de les rendre plus accessibles. En plus des conflits intérieurs inhérents à la réinstallation et de la perte des réseaux sociaux existants, les parents migrants doivent souvent composer avec l’évaluation critique de leurs pratiques traditionnelles que font des autorités bien intentionnées de leur culture de destination et parfois leurs propres enfants. Les fournisseurs de services qui interviennent auprès des parents immigrants doivent trouver un juste équilibre entre le soutien à l’acculturation des familles et le respect des aspects importants de l’héritage culturel des parents. Les cliniciens doivent être conscients des limites des normes et standards, largement issus de la culture occidentale nord-américaine et européenne, qui sont encore utilisés dans les domaines des pratiques parentales et du développement de l’enfant. Ils devraient avoir accès à des formations pour comprendre la signification des cognitions et des pratiques parentales des cultures différentes de la culture dominante. L’élaboration de programmes efficaces dédiés aux familles immigrées doit identifier les variations culturelles en termes de savoir, des compétences et des qualités, et s’appuyer sur les atouts des parents au lieu de les supplanter au profit d’une parentalité eurocentrique. L’atteinte de ces objectifs exige également d’orienter les enfants de parents immigrés vers les coutumes, traditions et langue maternelle du pays d’origine de leurs parents afin qu’ils puissent naviguer aisément entre les multiples paradigmes culturels qu’ils côtoient à la maison, à l’école et dans la collectivité. Il convient d’adapter les programmes destinés aux parents pour répondre aux besoins spécifiques de chacun des groupes d’immigrés et culturels, et de s’écarter d’une approche universelle qui continue de caractériser de nombreux programmes actuels qui orientent les parents dans leur rôle. Des efforts constants sont nécessaires pour intégrer les cognitions et les pratiques parentales spécifiques à la culture dominante, lorsqu’approprié, en particulier celles qui visent à optimiser les chances des enfants dans la vie. Enfin, les politiques gouvernementales d’immigration doivent progresser dans l’intérêt supérieur de l’enfant et pour faciliter la réunification des familles.

Remerciements

Cette recherche a obtenu l’appui de l’Intramural Research Program du NIH, du NICHD (Marc Bornstein) et du Centre of Excellence for Research in Immigration and Settlement (Yvonne Bohr). Toute correspondance doit être adressée à : Marc H. Bornstein, Eunice Kennedy Shriver National Institute of Child Health and Human Development, National Institutes of Health, 8404 Irvington Avenue, Bethesda MD 20817, U.S.A. Courriel : marc.h.bornstein@gmail.com 

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Pour citer cet article :

Bornstein MH, Bohr Y, Hamel K. Immigration, acculturation, et pratiques parentales. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Bornstein MH, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. https://www.enfant-encyclopedie.com/immigration/selon-experts/immigration-acculturation-et-pratiques-parentales. Actualisé : Décembre 2020. Consulté le 17 octobre 2021.