Comportement prosocial et scolarisation
Kathryn Wentzel, Ph.D.
Département de développement humain et de méthodologie quantitative, University of Maryland à College Park, États-Unis
, Éd. rév.
Introduction
Le comportement prosocial, sous forme de partage, d’aide et de coopération, est une marque de compétence sociale, tout au long de l’enfance.1,2 Le comportement prosocial a été relié positivement aux critères intellectuels, notamment les niveaux de classe et les résultats à des tests standardisés, ce qui a un intérêt direct pour la scolarisation.3 Les manifestations de comportements prosociaux ont également été reliées positivement à d’autres critères de compétences sociales, y compris l’acceptation sociale et le fait d’être apprécié par les camarades de classe et les enseignants. La majorité des chercheurs pensent que les habiletés cognitives et affectives, tels la coordination des points de vue, le raisonnement moral prosocial, les styles d’attribution adaptatifs, la perception des compétences et le bien-être affectif, constituent le fondement psychologique du développement du comportement prosocial. Des différences individuelles, notamment les caractéristiques génétiques et de tempérament, ont également été définies.1,2 Par ailleurs, les perspectives théoriques proposent également des influences environnementales comprenant les pratiques parentales au sein des structures d’autorité et les interactions avec les pairs.4 Les perspectives relatives au développement social suggèrent que les parents qui encouragent la coordination des points de vue et les réactions d’empathie face à la détresse des autres favoriseraient l’internalisation des valeurs prosociales de leurs enfants.5 Par ailleurs, les personnes en faveur des perspectives de socialisation avec les pairs soutiennent que les relations avec les pairs offrent aux enfants des occasions d’apprentissage et de pratique des habiletés prosociales. On pense que les interactions de nature collaborative avec les pairs stimulent le développement des habiletés cognitives propices aux formes prosociales de comportement.2,6
Sujet
Deux raisons justifient la compréhension du comportement prosocial dans le contexte scolaire. Premièrement, l’école procure aux enfants des occasions continues de développement des habiletés prosociales en constituant un environnement d’interactions avec les pairs. Ces occasions peuvent être informelles et se produire dans des contextes de camaraderies, d’interactions avec des groupes de pairs et de jeux. Elles peuvent également avoir lieu dans des contextes d’instruction formelle, dans le cadre d’activités d’apprentissage par coopération et collaboration, par exemple.4,7 Les relations et les interactions positives avec les enseignants peuvent conduire à l’apprentissage et à l’adoption de valeurs positives par les élèves, contribuant au comportement prosocial dans la classe. Deuxièmement, le comportement prosocial semble favoriser le développement des habiletés académiques.3,4 En effet, le comportement positif en classe entraînerait l’établissement d’interactions positives avec les enseignants et les pairs, y compris l’apport de soutien académique et de rétroactions positives. Il est également possible que les compétences sous-jacentes qui favorisent le comportement prosocial, telles la coordination des points de vue et la régulation des émotions, contribuent également au développement des habiletés cognitives.
Problèmes
Il est évident que le comportement prosocial est fortement valorisé par les enseignants et le personnel scolaire, et par les enfants eux-mêmes. De plus, les éducateurs accordent de plus en plus d’attention au comportement prosocial, en raison, en partie, de leur intérêt à favoriser les aspects positifs de fonctionnement psychologique et de leur ajustement, au lieu de traiter les formes mal adaptées de comportement en milieu scolaire, lorsqu’elles surviennent. Les programmes éducatifs et les interventions qui contribuent directement au développement du comportement prosocial ont connu un certain succès.8 Néanmoins, ils sont souvent difficiles à instaurer, particulièrement en raison des autres problèmes d’ordres académique et disciplinaire devant également être traités quotidiennement.
Contexte de la recherche
La grande majorité des études consacrées au comportement prosocial ont été menées sur des enfants scolarisés au niveau élémentaire et au début du secondaire, même si les études portant sur des enfants de niveau préscolaire sont de plus en plus fréquentes. La présente étude est fondée principalement sur des rapports d’enseignants et de pairs consacrés au comportement dans la classe ou sur des observations systématiques de la classe. Les processus psychologiques sous-jacents que l’on suppose favorables au comportement prosocial chez les enfants d’âge préscolaire sont souvent évalués par des tests structurés conduits en laboratoire, alors que des méthodes d’auto-évaluation sont fréquemment utilisées chez les enfants plus âgés.
Questions clés pour la recherche
La recherche actuelle portant sur le comportement prosocial des jeunes enfants est axée sur les questions suivantes : 1) Quels sont les processus psychologiques sous-jacents et les mécanismes de socialisation qui favorisent le comportement prosocial en milieu scolaire formel? 2) Dans quelle mesure le comportement prosocial permet-il de prédire l’état cognitif de préparation et les résultats scolaires? 3) Comment les éducateurs peuvent-ils favoriser le développement du comportement prosocial et des habiletés associées?
Récents résultats de recherche
Les chercheurs ont récemment défini plusieurs facteurs qui favorisent le développement du comportement prosocial chez les jeunes enfants. Les chercheurs ont continué à étudier le comportement prosocial en relation avec la prise de perspective et la théorie de l’esprit, l’empathie et les compétences de régulation des émotions.2 Les expériences de socialisation au domicile, y compris la communication d’attitudes raciales, se sont avérées prédictives de tendances prosociales chez les jeunes enfants.5,9 La qualité des relations entre les enseignants et les élèves a également été associée au comportement prosocial des jeunes enfants.10,11 Plus précisément, les relations enseignants-élèves et pairs caractérisées par un rapprochement affectif et bienveillant ont, quant à elles, été associées positivement aux compétences sociales et aux comportements de types prosociaux.12
Les effets du comportement prosocial sur les habiletés cognitives et d’apprentissage ont été démontrés au moyen de programmes d’instruction axés sur des structures d’apprentissage de natures coopératives et collaboratives. Dans ce cas, des débats actifs, la résolution de problèmes et des rétroactions élaboratives entre pairs interagissant les uns avec les autres de manière prosociale sont associés à des progrès relatifs à des compétences cognitives diverses (par exemple, la résolution de problèmes et la compréhension de concepts) et à la performance académique (le niveau scolaire et les résultats aux examens), dans des échantillons compris entre le niveau préscolaire et le secondaire.13,14 Les résultats des études quasi-expérimentales et expérimentales suggèrent que les activités d’apprentissage par coopération les plus performantes sont caractérisées par une interdépendance positive entre les membres du groupe, une responsabilisation individuelle, des interactions face à face entre les élèves et l’apprentissage des habiletés sociales nécessaires au travail coopératif.7
Les politiques et les programmes scolaires qui accentuent l’importance du développement prosocial des élèves sont de plus en plus prometteurs.8,15,16 Des programmes de prévention primaire peuvent augmenter la prévalence du comportement prosocial chez les enfants d’âge préscolaire, en instaurant un meilleur climat dans la classe et en améliorant la qualité des interactions enseignants-élèves et pairs,17 ce qui crée un soutien affectif18 et des modèles positifs de comportement prosocial par les médias et des jeux de rôle,19,20 et renforce directement le comportement positif et les habiletés sociales.21 Des programmes ciblant des élèves de niveau élémentaire ont également augmenté efficacement la manifestation de comportement prosocial par l’enseignement de compétences sociales positives,22-24 l’instauration de programmes scolaires visant à renforcer le comportement positif, l’encouragement à résoudre les problèmes d’ordre social et la construction d’une classe unie et de communautés scolaires bienveillantes.25,26
Lacunes de la recherche
Les résultats des études récentes appuient la notion établissant que le comportement prosocial des jeunes enfants contribue à la préparation scolaire et aux compétences cognitives. Les habiletés, telles la coordination des points de vue, l’empathie et l’auto-régulation, contribuent au développement du comportement prosocial. Par ailleurs, les expériences de socialisation avec les parents, les enseignants et les pairs favorisent et permettent le maintien d’un comportement positif à l’école. Cependant, les études interventionnelles documentant un lien de causalité entre le comportement positif et ses antécédents et conséquences scolaires, ainsi que les études longitudinales démontrant les effets à long terme du comportement prosocial sur les résultats cognitifs, sont rares. De futures recherches sont nécessaires afin de mieux comprendre la nature causale de processus de socialisation spécifiques, notamment les types d’interactions intervenant entre les jeunes enfants et leurs parents, leurs enseignants et leurs pairs, ainsi que leurs qualités. Des études à plusieurs niveaux sur le contexte scolaire permettraient également de mieux comprendre les influences scolaires sur le comportement prosocial,27 tout comme les recherches sur les différences entre les contextes développementaux et culturels.28 Finalement, il est difficile de définir les processus et les mécanismes sous-jacents qui expliqueraient les associations positives entre le comportement prosocial et les habiletés cognitives, dans le domaine.
Conclusions
Le comportement prosocial est une marque de compétence sociale chez les enfants de tous âges. Il est néanmoins évident que les fondements du développement et de la socialisation du comportement positif trouvent leurs racines dans le début de l’enfance. L’importance du comportement prosocial est appuyée par des études ayant démontré que les formes positives de comportement sont associées positivement à divers processus psychologiques et affectifs, aux critères sociaux de compétence et aux accomplissements intellectuels chez les jeunes enfants. Les résultats des études suggèrent également que les enseignants et les camarades de classe ont le potentiel de favoriser le développement du comportement prosocial en communiquant les normes et les attentes propices au comportement positif, en créant des environnements positifs sur le plan affectif, dans la classe et en instaurant l’utilisation d’habiletés socio-cognitives et d’auto-régulation efficaces. Toutefois, les programmes spécifiquement conçus pour former le personnel scolaire à agir de la sorte sont encore à leurs balbutiements. Des études portant sur l’impact à long terme du comportement prosocial, notamment celles visant à définir les relations entre le comportement social positif en milieu préscolaire avec le comportement dans la classe et les accomplissements académiques aux niveaux scolaires ultérieurs, sont également requises.
Implications
Le comportement prosocial peut contribuer de façon importante aux réussites sociales et académiques de l’enfant, à l’école. Les contextes scolaires ont le potentiel d’offrir le soutien essentiel au développement de ces formes positives de comportement social. Au niveau préscolaire, les enseignants peuvent se concentrer sur la création d’environnements de soutien affectif dans la classe, en érigeant des relations positives avec leurs élèves et en encourageant les interactions positives entre les élèves. Les stratégies de création de communautés scolaires bienveillantes comprennent la pratique de discipline d’autorité, les pratiques efficaces de communication et la garantie de la sécurité des enfants.29 L’enseignement et le renforcement des habiletés sociales positives et l’utilisation d’activités d’apprentissage basées sur la collaboration et la coopération peuvent également favoriser la manifestation de comportement prosocial, dans la classe. Au niveau primaire, l’utilisation de programmes et d’activités de prévention dont l’objectif est de favoriser le comportement prosocial, dans toutes les classes, devrait également être envisagée. Finalement, des programmes d’implications des parents initiés par les établissements scolaires doivent renforcer les pratiques susceptibles d’appuyer le développement du comportement prosocial au domicile, notamment l’usage de techniques de raisonnement inductif et de modèles parentaux basés sur des interactions sociales positives.
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Pour citer cet article :
Wentzel K. Comportement prosocial et scolarisation. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Knafo-Noam A, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. https://www.enfant-encyclopedie.com/comportement-prosocial/selon-experts/comportement-prosocial-et-scolarisation. Actualisé : Décembre 2025. Consulté le 1 janvier 2026.
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