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Programmes de soutien aux parents et développement des enfants

Barbara Dillon Goodson, Ph.D.

Abt Associates Inc., États-Unis

Décembre 2014, 3e éd.

Introduction

Les programmes visant à soutenir les parents dans l’éducation de leurs enfants sont en place depuis plus d’un siècle. Ils comportent divers objectifs pour les familles et offrent divers types de services. Actuellement, des dizaines de milliers de programmes existent, la plupart d’entre eux sont de petite taille, s’adressent à la majorité des gens, se trouvent dans la communauté et desservent seulement un petit nombre de familles pendant un temps donné. Les interventions ne sont pas uniformes, mais elles ont un but commun : améliorer la vie des enfants; et une stratégie commune, avoir un impact sur les enfants en suscitant des changements dans les attitudes des parents, dans leurs connaissances et dans leur comportement.

Alors que la majorité des programmes de soutien aux parents desservent toutes les familles dans une communauté, au cours des dix dernières années, les interventions se sont  de plus en plus adressées aux familles dont les enfants risquent tout particulièrement d’avoir des problèmes développementaux à cause de la pauvreté ou d’autres facteurs de risques familiaux. Les programmes de soutien aux parents destinés aux familles à risque ont focalisé sur l’aide aux familles pour réduire le stress qui menace le bien-être des enfants, ou pour y faire face.

Sujet

Un solide consensus se dégage : les parents sont importants pour le développement et le fonctionnement des enfants. Des données provenant d’études sur des jumeaux ainsi que celles d’études corrélationnelles ont établi des liens entre les dimensions multiples des comportements parentaux et les différents indicateurs de développement des enfants.1,2 Des recherches supplémentaires ont démontré le lien entre les pratiques parentales et le statut socioéconomique des familles. Ces recherches sur le rôle central des comportements parentaux pour le développement des enfants ont constitué la base théorique des interventions de soutien aux parents.

Les programmes de soutien aux parents cherchent à influencer le développement des enfants en suscitant des changements chez les parents par le biais de divers soutiens sociaux et pratiques. Il s’agit par exemple de gestion de cas reliant les familles aux services, d’éducation sur le développement de l’enfant et sur les pratiques des conduites parentales, et de soutien social grâce aux relations avec le personnel de service et avec d’autres parents.

Certains programmes destinés aux familles à faibles revenus tentent aussi d’améliorer l’autosuffisance économique des familles et de fournir du soutien aux parents pour qu’ils obtiennent un niveau d'éducation supérieur, qu’ils trouvent du travail et qu’ils retardent les grossesses ultérieures.

Problèmes

De nombreuses recherches font un lien entre le comportement parental et le développement et la santé de l’enfant. Brooks-Gunn a récemment résumé la recherche montrant que la stimulation du langage et les outils d’apprentissage à la maison sont les pratiques parentales le plus solidement reliées aux habiletés nécessaires pour entrer à l’école, au vocabulaire et à la réussite scolaire précoce. Par contre, les stratégies de discipline parentale et l’éducation sont plus fortement liées aux indicateurs socio-affectifs comme le comportement, le contrôle des impulsions et l’attention.3 C’est-à-dire que les pratiques disciplinaires qui n’aident pas les enfants à développer leurs propres normes de comportement internalisé peuvent aussi influencer négativement leur fonctionnement socio-affectif, leur habileté à établir des relations sociales soutenues, à prendre en compte les besoins et les sentiments des autres, à contrôler et à diriger leurs propres impulsions et à concentrer leur attention pour planifier et terminer des tâches avec succès. Des données indiquent aussi que le soutien des parents et leur participation à l’école de leurs enfants favorisent le rendement et la réussite scolaires de ces derniers.4,5

Il y a aussi des désaccords dans le domaine quant à l’efficacité des programmes de soutien aux parents sur le développement des enfants : les études ayant une validité interne solide sont rares, c’est-à-dire qu’elles comportent différentes sortes de biais réduits. La question demeure : est-il possible de modifier la connaissance, les attitudes et les comportements des parents grâce aux programmes qui leur sont destinés, et si oui, ces changements se traduisent-ils par l’amélioration du développement des enfants?

Contexte de la recherche

Les données indiquant que les programmes de soutien aux parents améliorent le développement des enfants sont relativement limitées. Cela tient surtout à la qualité des études d’évaluation effectuées plutôt qu’à leur quantité. C’est-à-dire que seulement quelques études reposent sur des devis solides, soit des expériences dans lesquelles les familles sont aléatoirement assignées à des services de soutien aux parents ou à aucun service systématique, ou sur des devis quasi expérimentaux solides avec des groupes de comparaison bien conçus.

Les données sont plus solides dans le domaine des habiletés cognitives nécessaires à l’entrée à l’école. C’est peut-être dû au fait qu’il y a beaucoup plus de mesures standardisées disponibles dans le domaine cognitif, ou c’est peut-être lié au fort intérêt pour les habiletés cognitives nécessaires pour entrer à l’école et pour la réussite scolaire ultérieure.

Les données de l’efficacité des programmes de soutien aux parents sur le développement social et cognitif de l’enfant sont loin d’être concluantes. L’absence de données irréfutables sur les répercussions des programmes sur les enfants ouvre la porte à différentes interprétations des données et à des conclusions différentes sur l’efficacité des programmes de soutien.

Questions clés pour la recherche

La trajectoire causale entre les programmes de soutien aux parents et le développement des enfants comporte divers liens, qui commencent avec des programmes solidement implantés et des niveaux adéquats de participation des parents aux services. Au-delà de ces étapes nécessaires mais insuffisantes, on suppose que le développement des enfants est modifié par les changements que les programmes engendrent chez les parents.

Par conséquent, la première question sur les impacts des programmes est de savoir si ces derniers ont réussi à changer les attitudes ou les comportements des parents. Si ces changements peuvent être démontrés, une autre question pour la recherche est de savoir si ces changements chez les parents améliorent le développement des enfants au plan cognitif ou socio-affectif. Une troisième question, à laquelle il est particulièrement difficile de répondre mais qui intéresse énormément les intervenants, concerne le type de programme le plus efficace. C’est-à-dire, est-ce que les programmes les plus efficaces ont des éléments en commun, comme le type de services et de personnel, les méthodes de prestations, etc.? Les questions de recherche plus complexes abordent ce qui fonctionne et pour qui : existe-t-il des types de soutien aux parents qui sont plus efficaces pour différents types de familles et d’enfants?

Récents résultats de recherche

Une méta-analyse exhaustive des effets des programmes de soutien aux parents résume les données sur le développement des enfants pour les parents et les enfants à partir des évaluations de plus de 200 programmes.6 Les effets moyens sur les parents varient selon le domaine évalué. On a découvert des effets plus importants sur les comportements parentaux, sur les attitudes et sur les connaissances des parents, où l’ampleur de l’effet moyenne était de 0,24 (un quart d’un écart-type sur l’échelle sur laquelle les résultats sont mesurés).

Les effets du programme sur le fonctionnement familial et sur la santé mentale des parents étaient plus faibles, avec des ampleurs de l’effet moyennes inférieures à 0,20. Les ampleurs de l’effet étaient fortement influencées par une poignée de programmes à très grands effets.

Dans l’ensemble des évaluations, les ampleurs de l’effet de la majorité des programmes se situaient autour de 0-0,15 d’un écart-type. Le gros de l’effet moyen était produit par 20 à 25 % des programmes dont les ampleurs de l’effet étaient supérieures à 0,5 (ce qui est considéré comme un effet de bonne taille).

Les programmes de soutien aux parents avaient aussi des effets sur les enfants. Ils visaient une grande variété de résultats aux plans cognitif et socio-affectif. Dans le domaine du développement socio-affectif, la moyenne était de 0,22; alors qu’elle était de 0,29 pour le développement cognitif. L’effet moyen était plus important pour les programmes destinés aux enfants d’âge préscolaire (moyenne = 0,39 d’un écart-type). La majorité des programmes de soutien aux parents avaient des effets limités en ce qui à trait au développement des enfants et se situaient autour de 0-0,5 d’un écart-type.

Le fait qu’un pourcentage limité de programmes de soutien aux parents avait des effets significatifs alors que d’autres n’en avaient pas, nous oblige à nous demander si ces programmes efficaces avaient des éléments en commun. La méta-analyse suggère que les programmes qui avaient les effets les plus importants sur le développement socio-affectif avaient trois caractéristiques communes : a) le programme ciblait les enfants pour lesquels les parents avaient identifié un besoin particulier comme par exemple un trouble du comportement, de la conduite ou du développement (aussi corroboré par Brooks-Gunn1); b) le programme employait du personnel professionnel plutôt que para professionnel; et c) le programme fournissait aux parents des occasions de se rencontrer et de recevoir du soutien de leurs pairs en tant qu’éléments faisant partie intégrante du service.

Généralement, en ce qui concerne la gestion de cas, c’est-à-dire quand on aidait les parents à identifier les services nécessaires et la façon d’y accéder, cela ne constituait pas une stratégie efficace. Une des raisons possibles de cette absence d’effet est que les services pertinents, par exemple des services de santé mentale ou l’accès à de meilleurs logements, n’étaient peut-être pas disponibles.

Cette méta-analyse a aussi montré que les programmes combinant le soutien aux parents et l’éducation précoce des enfants avaient des effets supérieurs à la moyenne sur les enfants et sur les parents. Ces résultats de la méta-analyse ont été corroborés par des données indiquant que plusieurs des interventions en éducation précoce pour lesquelles on a démontré des effets à long terme fournissaient des services d’éducation précoce et des services de soutien à la famille.7,8,9

Les effets améliorés des programmes de soutien parental combinant le travail avec les parents et les services éducatifs directs aux enfants soulèvent la question de savoir laquelle des deux composantes est responsable des effets sur l’enfant — le soutien au parent ou l’éducation précoce. Les analyses de résultats d’un programme intensif plus ancien, visant le développement de l’enfant et ciblant les bébés de petit poids à la naissance et leurs parents (le Infant Health and Development Program) suggèrent que les effets sur les parents modifiaient le développement cognitif des enfants, et que les effets sur les parents expliquaient entre 20 et 50 % des effets sur les enfants.10  

Une analyse récente des Chicago Child Parent Centers, un programme d’éducation précoce qui comprenait une composante de soutien parental, s’est penchée sur les facteurs responsables des effets significatifs à long terme sur l’augmentation des taux de diplomation et sur la diminution des taux d’arrestation juvénile.11

Les auteurs ont effectué des analyses pour évaluer d’autres hypothèses sur les trajectoires entre les effets significatifs à court terme sur la performance scolaire des enfants à la fin du préscolaire et ces effets à long terme, à savoir si a) le fait que la stimulation cognitive et du langage fournie aux enfants dans les centres apportaient un avantage cognitif continu produisant les effets à long terme sur le comportement des étudiants; ou b) les pratiques, les attitudes et les attentes parentales améliorées, ainsi que la participation accrue dans l’éducation des enfants qui se produisaient tôt dans le programme modifiaient les environnements familiaux de façon continue, ce qui permettrait aux parents de mieux appuyer la performance scolaire et les normes comportementales, avec pour conséquence des effets à long terme sur les comportements des étudiants.

Le modelage structurel de l’équation a montré que les avantages cognitifs des enfants et les expériences de soutien des familles étaient liés aux effets du programme à long terme sur les enfants. Les chercheurs ont démontré que les facteurs familiaux (participation dans les écoles et diminution des abus et de la négligence) étaient des médiateurs significatifs de l’effet des programmes préscolaires sur la diplomation au secondaire, alors que seule la participation des parents à l’école était un médiateur des taux d’arrestation juvénile. Aussi, alors que les avantages cognitifs et le soutien familial expliquent les impacts sur le développement précoce des enfants (par exemple la performance scolaire), le soutien familial explique la plupart des effets sur la délinquance juvénile et presque également les effets sur la diplomation.

Conclusions

Le débat touchant l’efficacité des interventions de soutien aux parents sur le développement des enfants se poursuit. Les évaluations de programmes montrent la difficulté de produire des changements continus et complets chez les parents. Le lien subséquent entre les changements chez les parents et les conséquences positives pour le développement de leurs enfants a été encore plus difficile à prouver. Les résultats dans ce domaine sont ternis par les recherches dont la validité interne est faible, c’est-à-dire qui est susceptible de comporter différents types de biais. La donnée la plus solide a trait au rôle des services de soutien aux parents pour appuyer le développement cognitif des enfants, surtout pour ceux d’âge préscolaire. Les données sont particulièrement solides pour les programmes qui combinent les services éducatifs directs aux enfants aux services de soutien aux parents. Certaines données montrent que ces deux composantes contribuent à améliorer le développement des enfants. Il y a moins de données dans les domaines du développement socio-affectif; cependant, des analyses longitudinales récentes provenant d’un programme destiné aux jeunes enfants et procurant du soutien aux parents fournissent de nouvelles données reliant le soutien des parents et les résultats sociaux à long terme.12,13

Implications

La grande majorité des programmes de soutien pour les parents sont conçus et mis en place sans tenir compte de la recherche ni des évaluations. Ceci signifie que nous continuons à intervenir auprès des parents sans améliorer notre compréhension des façons dont notre travail avec ces derniers peut influencer les enfants. C’est particulièrement vrai dans le domaine du fonctionnement socio-affectif des enfants à cause des mesures inadéquates et du centrage politique actuel sur les résultats cognitifs des enfants qui sont reliés à des réussites scolaires spécifiques comme l’apprentissage de la lecture. Le rôle critique des conduites parentales dans la vie des enfants incite fortement les décideurs politiques et les chercheurs à concevoir des programmes qui tirent profit de ces processus familiers intimes et puissants. Jusqu’à ce que nous comprenions plus clairement si nos interventions auprès des parents influencent les enfants et comment elles y parviennent, la pertinence politique de tels programmes restera questionnable.

References

  1. Brooks-Gunn J, Markman LB. The contribution of parenting to ethnic and racial gaps in school readiness. The Future of Children 2005;15(1):139-168. 
  2. Collins WA, Maccoby EE, Steinberg L, Hetherington EM, Bornstein MH. Contemporary research on parenting: The case for nature and nurture. American Psychologist 2000;55(2):218-232.
  3. Kreider H. A conversation with Jeanne Brooks-Gunn. The Evaluation Exchange Winter 2004/2005;10(4):12-13.
  4. Barnett WS, Young JW, Schweinhart LJ. How preschool education influences long-term cognitive development and school success: A causal model. In: Barnett WS, Boocock SS, eds. Early care and education for children in poverty: Promises, programs, and long-term results. Albany, NY: State University of New York Press; 1998:167-184.
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  10. Brooks-Gunn JC, McCarton CM, Casey PH, McCormick MC, Bauer CR, Bernbaum JC, Tyson J, Swanson M, Bennett FC, Scott DT, Tonascia J, Meinert CL. Early intervention in low-birth-weight premature infants: Results through age 5 years from the Infant Health and Development Program. JAMA -Journal of the American Medical Association 1994;262(16):1257-1262.
  11. Reynolds AJ, Ou SR, Topitzes JW. Paths of effects of early childhood intervention on educational attainment and delinquency: A confirmatory analysis of the Chicago Child-Parent Centers. Child Development 2004;75(5):1299-1328.
  12. Campbell FA, Pungello EP, Miller-Johnson S, Burchinal M, Ramey CT. The Development of Cognitive and Academic Abilities: Growth Curves from an Early Childhood Educational Experiment. Developmental Psychology 2001;37:231-242.
  13. Campbell FA, Ramey CT, Pungello EP, Sparling J, Miller-Johnson S. Early Childhood Education: Young Adult Outcomes from the Abecedarian Project. Applied Developmental Science 2002;6:42-57.

Pour citer cet article :

Goodson BD. Programmes de soutien aux parents et développement des enfants. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Tremblay RE, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/habiletes-parentales/selon-experts/programmes-de-soutien-aux-parents-et-developpement-des-enfants. Actualisé : Décembre 2014. Consulté le 23 septembre 2019.