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Pratiques parentales et développement social de l’enfant

Lea Bornstein, BA, Marc H. Bornstein, Ph.D.

University of Pennsylvania, États-Unis, National Institute of Child Health and Human Development, États-Unis

Décembre 2014, 2e éd.

Introduction

Pendant les premières années de la vie, que plusieurs considèrent comme une période unique en matière de développement, les parents revêtent une importance particulière. Alors qu’ils guident leurs jeunes enfants de la dépendance totale aux premières étapes de l’autonomie,  les comportements des parents peuvent avoir des répercussions immédiates et durables sur le fonctionnement social de leur progéniture, dans des domaines tels le développement moral, le jeu avec les pairs et la réussite scolaire.

Pour assurer le meilleur développement possible de leurs enfants, les parents doivent trouver un équilibre entre, d’une part, les exigences au plan de la maturité et de la discipline, qui permettent d’intégrer les enfants dans le système familial et social, et d’autre part,  le maintien d’une atmosphère de chaleur, de sensibilité et de soutien. Quand le comportement et l’attitude des parents ne reflètent pas un juste équilibre entre ces deux éléments pendant les années préscolaires, les enfants peuvent connaître une multitude de problèmes d’adaptation. Quels sont les styles parentaux qui permettent d’atteindre cet équilibre?

Sujet

Il existe probablement autant d’opinions sur la définition des « bonnes pratiques parentales » qu’il y a de personnes interrogées. Les nouveaux parents reçoivent souvent des conseils sur la façon de prendre soin de leurs enfants de la part de leurs propres parents, d’experts, de leurs pairs, et ils en trouvent aussi dans la culture populaire. Développer un style parental approprié pendant les premières années de la vie d’un enfant représente un défi pour les nouveaux parents, surtout quand les diverses sources d’information se contredisent. La recherche sur les styles parentaux efficaces peut les aider à atteindre un équilibre adéquat entre la sensibilité et le contrôle.

Problèmes

Un des obstacles majeurs de la recherche sur les systèmes familiaux est la question de la pertinence des résultats pour différents parents : les chercheurs peuvent-ils tirer des conclusions sur le style parental qui s’appliquent au-delà des écarts culturels et socioéconomiques? Plusieurs recherches indiquent qu’un style autoritaire et flexible est optimal pour l’enfant blanc de classe moyenne qui vit dans une famille nucléaire, mais cela pourrait ne pas être vrai pour d’autres enfants qui grandissent dans d’autres circonstances et situations. Être flexible et accorder de la liberté aux enfants peut donner de bons résultats quand ils vivent dans des quartiers sécuritaires et quand leurs pairs sont moins susceptibles d’adopter des comportements dangereux, mais dans les quartiers à haut risque, un contrôle parental plus élevé pourrait s’avérer nécessaire.

Avant que les décideurs politiques et les cliniciens établissent des lignes directrices ou fassent des recommandations sur le comportement parental adéquat, il faut évaluer à quel point on peut appliquer les conclusions de la recherche aux différents groupes ethniques, raciaux, culturels et socioéconomiques. De plus, les conséquences positives et négatives associées à différents styles parentaux chez les enfants d’âge préscolaire ne s’appliquent pas nécessairement à ceux qui sont à des étapes de développement ultérieures. Il faut aussi prendre en compte les résultats à long terme quand on conçoit des politiques ou quand on conseille les parents.

Contexte de la recherche

Une grande partie des études contemporaines sur les styles parentaux développent  plusieurs concepts proposés par Diana Baumrind dans sa recherche formatrice, effectuée dans les années 1960, qui décrivait un système de classification comportant trois groupes. Depuis l’avènement de ce type de recherche, qui fait généralement appel à de l’observation directe, des questionnaires et des entrevues auprès de parents et d’enfants, la classification est basée sur deux grandes dimensions des styles parentaux : contrôle/exigences (demandes de maturité des parents envers l’enfant, supervision et discipline), et sensibilité (actions qui favorisent l’individualité, l’autorégulation et l’affirmation de soi, par l’écoute des besoins et le soutien). Les chercheurs contemporains classent typiquement les styles parentaux en quatre groupes : autocratique, caractérisé par des niveaux élevés de contrôle et de faibles niveaux de sensibilité; indulgent et permissif, caractérisé par de faibles niveaux de contrôle et de hauts niveaux de sensibilité; démocratique, caractérisé par des niveaux élevés de contrôle et de sensibilité; et négligent, caractérisé par un manque de contrôle et de sensibilité.

Récents résultats de recherche

La recherche a généralement associé le style parental démocratique, où les parents gardent un équilibre entre les exigences et la sensibilité, à de plus grandes compétences sociales chez les enfants. Ainsi, ceux qui ont des parents démocratiques sont plus compétents dans leurs premières relations avec les pairs, consomment moins de drogue à l’adolescence et jouissent d’un plus grand bien-être affectif au début de l’âge adulte. Bien que les styles autocratiques et permissifs semblent représenter les extrémités opposées du spectre des conduites parentales, aucun des deux styles n’a été lié à des résultats positifs, probablement parce que tous deux minimisent les occasions d’apprendre à gérer le stress. D’un côté, trop de contrôle et d’exigences envers les enfants peuvent limiter leurs occasions de prendre leurs propres décisions ou de faire connaître leurs besoins à leurs parents. De l’autre côté, les enfants qui grandissent dans des foyers permissifs et indulgents risquent de ne pas recevoir les conseils et l’encadrement nécessaires à leur développement moral et au choix d’objectifs sains. La recherche a aussi révélé des associations significatives entre les styles parentaux d’une génération à l’autre; les mauvaises pratiques parentales semblent « se transmettre » autant que les bonnes.

Même si ces types de résultats semblent solides, leur applicabilité à différentes cultures et différents environnements est discutable. La plupart des études ont mis l’accent sur les familles et les enfants blancs de la classe moyenne, mais les enfants d’autres origines ethniques, raciales, culturelles ou socioéconomiques pourraient mieux réussir avec des types d’encadrement différents.

Les récentes controverses ont porté sur les effets de différents styles parentaux sur le développement social de l’enfant dans les familles à faible statut socioéconomique, à haut risque et vivant dans les quartiers défavorisés. Alors que certaines études ont indiqué que des styles plus autocratiques pourraient être nécessaires dans les milieux à risque élevé, d’autres ont continué de montrer les bienfaits du style parental démocratique même dans ces milieux. Un autre élément important de ces recherches est l’idée selon laquelle les conduites parentales pourraient avoir « moins d’importance » chez les familles à faible statut socioéconomique à cause du poids plus important des facteurs environnementaux, comme les difficultés financières et le taux de criminalité plus élevé.

Les différences ethniques et culturelles aussi doivent être prises en compte quand on étudie les effets des styles parentaux sur le développement social de l’enfant. Il est difficile d’échapper aux pressions sociales qui jugent certains styles meilleurs que d’autres, généralement ceux qui reflètent la culture dominante. Le style parental autocratique, qui est généralement lié à des résultats sociaux moins positifs pour l’enfant, a tendance à être plus prévalent chez les minorités ethniques. Dans les familles asiatiques, ce style parental est lié à des résultats sociaux positifs et à la réussite scolaire, en partie à cause des objectifs parentaux et de l’éducation particulière des familles d’origine asiatique.

Bien que les conduites parentales s’ajustent, s’améliorent ou empirent pendant que les enfants grandissent et que les parents sont confrontés à de nouveaux défis, les styles parentaux demeurent relativement stables pendant de longues périodes.

Conclusions

L’information et l’éducation sur les styles parentaux optimaux et sur l’adoption précoce de pratiques efficaces sont importantes pour l’adaptation sociale de l’enfant et pour sa réussite. Dans plusieurs situations, un style parental démocratique flexible et chaleureux est le plus bénéfique pour le développement social, intellectuel, moral et affectif de l’enfant. Cependant, la recherche qui porte sur les interactions parent-enfant doit continuer à s’élargir et évaluer non seulement les résultats chez une plus grande variété de groupes ethniques, raciaux, culturels et socioéconomiques, mais aussi chez des enfants d’âges différents, afin que les familles puissent récolter tous les fruits de la recherche, quelle que soit leur situation.

Implications pour les politiques et les services

Le développement qui a lieu pendant les premières années au plan de la personnalité, au plan moral, au plan du choix des buts personnels et au plan des habiletés de résolution de problèmes est crucial et incomparable au développement qui a lieu à toutes les autres périodes de la vie. Il est important que les décideurs des politiques familiales et les intervenants des services de soutien à la famille aident les nouveaux parents à adopter des techniques et des stratégies parentales appropriées pour s’assurer que les enfants reçoivent le meilleur encadrement pour leur permettre de réussir plus tard. Cependant, la recherche sur l’applicabilité élargie de certains types de techniques parentales doit continuer afin que les décideurs politiques puissent adapter les conseils et les lignes directrices pour optimiser les résultats pour chaque enfant.

Références

  1. Bornstein MH. Handbook of Parenting. 2nd ed. Mahwah, NJ: Erlbaum; 2002.
  2. Darling N, Steinberg L. Parenting style as context: An integrative model. Psychological Bulletin 1993;113(3):487-496.
  3. Grusec JE, Hastings PD. Handbook of socialization: Theory and research. New York, NY: Guilford Press; 2006.
  4. Maccoby EE, Martin JA. Socialization in the context of the family: Parent-child interaction. In: Hetherington EM, ed. Socialization, personality, and social development. New York, NY: Wiley; 1983:1-101. Mussen PH, ed. Handbook of child psychology. 4th ed; vol 4.

Pour citer cet article :

Bornstein L, Bornstein MH. Pratiques parentales et développement social de l’enfant. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Tremblay RE, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/habiletes-parentales/selon-experts/pratiques-parentales-et-developpement-social-de-lenfant. Actualisé : Décembre 2014. Consulté le 16 novembre 2018.