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L’activité physique chez les nourrissons et les très jeunes enfants

Greet Cardon, Ph.D., Eveline Van Cauwenberghe, étudiante au Ph.D., Ilse De Bourdeaudhuij, Ph.D.

Department of Movement and Sports Sciences, Ghent University, Belgique

Février 2011

Introduction

On estime qu’en 2005, à l’échelle mondiale, au moins 20 millions d’enfants de moins de 5 ans présentaient un surpoids.1 L’épidémie d’obésité pédiatrique a suscité l’intérêt envers l’activité physique et les comportements sédentaires des jeunes enfants en tant que corrélats du bilan énergétique et de la constitution du corps humain. La participation des jeunes enfants à des activités physiques joue aussi un rôle essentiel dans leur développement général et diminue entre autres la probabilité de présenter des facteurs de risque de maladie cardiovasculaire. Elle a également des bienfaits pour la santé des os, les habiletés motrices fondamentales et le développement social et psychologique.2 De plus, la petite enfance est l’une des périodes critiques en ce qui a trait à l’adoption de comportements sédentaires et d’habitudes en matière d’activité physique.3 Or, selon la revue de littérature faite par Reilly,4 des études dans lesquelles on a mesuré objectivement l’activité physique et les comportements sédentaires d’enfants d’âge préscolaire ont montré que leurs niveaux d’activité physique sont habituellement faibles et leurs comportements de sédentarité, élevés.

Sujet

Bien que l’intérêt à l’égard de l’activité physique des enfants d’âge préscolaire (de trois à cinq ans) ait grandi au cours de la dernière décennie, les études sur les niveaux d’activité physique et les comportements sédentaires des enfants de moins de trois ans sont très peu nombreuses.

Problèmes

Les données portant sur les niveaux d’activité physique et les comportements sédentaires des enfants de trois à cinq ans pourraient ne pas s’appliquer aux plus jeunes enfants étant donné qu’il existe trois périodes de développement de zéro à cinq ans et qu’elles se distinguent notamment par des niveaux typiques d’activité physique assez différents.5,6

Le stade de nourrisson correspond habituellement aux douze premiers mois de la vie. L’activité et les mouvements se limitent, pendant les six premiers mois, à s’étirer et saisir des objets, tourner la tête vers un stimulus et bouger les bras et les jambes. Au cours des six mois suivants, l’enfant acquiert les habiletés motrices de base. La période de développement que l’enfant traverse entre 1 et 3 ans pourrait être décrite comme la très petite enfance. Lorsqu’il a environ un an, l’enfant commence à marcher. Il a ainsi plus d’occasions d’explorer et d’apprendre et peut développer des habiletés de locomotion telles que courir, sauter et sautiller. De plus, le très jeune enfant commence à manipuler les objets avec plus de facilité. La période préscolaire est associée aux enfants de trois à cinq ans et est caractérisée par une amélioration de la stabilité et des habiletés motrices ainsi qu’une meilleure dextérité.

En plus des différences observables entre les niveaux d’activité typiques des 3 à 5 ans et ceux des plus jeunes enfants, les estimations des niveaux d’activité physique quotidienne des nourrissons et des très jeunes enfants sont probablement influencées davantage par les habitudes de sommeil diurne que celles des enfants d’âge préscolaire.6

Contexte de la recherche

La littérature a été scrutée pour trouver des études ayant évalué les niveaux d’activité physique et les comportements sédentaires de nourrissons et de très jeunes enfants (donc d’enfants de moins de trois ans) en santé.

Résultats de recherche

Seulement deux études évaluant les niveaux d’activité physique des enfants de ce jeune groupe d’âge ont pu être trouvées. Gubbels et coll.7 ont observé 75 enfants de 2 ans et 100 enfants de 3 ans dans neuf services de garde des Pays-Bas en utilisant le Observational System for Recording Physical Activity in Children - Preschool Version (Système d’observation et d’enregistrement de l’activité physique des enfants – version préscolaire).8 Une grande proportion des activités observées (59,4 % des observations à l’intérieur et 31,2 % de celles à l’extérieur) ont été classées parmi les activités sédentaires, tandis que seulement 5,5 % des observations à l’intérieur et 21,3 % de celles à l’extérieur ont été classées parmi les activités physiques d’intensité moyenne à vigoureuse. Aucune différence significative entre les niveaux d’intensité moyens de l’activité physique des garçons et des filles ni entre ceux des enfants de deux ans et de trois ans n’a été notée.

Dans l’étude GENESIS9, menée en Grèce, des données portant sur l’activité physique de 207 enfants âgés de 1 à 2 ans et 500 enfants de 2 à 3 ans ont été tirées de rapports complétés par leurs parents. On y constatait que les nourrissons de sexe masculin pratiquaient 1,45 heure par semaine d’activité physique d’intensité faible à vigoureuse et qu’il s’agissait plutôt de 1,05 heure par semaine chez les nourrissons de sexe féminin. En ce qui concerne les très jeunes enfants, il s’agissait de 1,51 heure d’activité physique d’intensité faible à vigoureuse par semaine chez les garçons et de 1,21 heure par semaine chez les filles. Les activités physiques les plus typiques rapportées étaient des activités au terrain de jeu et des promenades avec les parents.

Étant donné que seulement deux études ont pu être trouvées et que les rapports parentaux ont une faible précision en ce qui a trait à la mesure de l’activité physique chez les jeunes enfants,6 aucune conclusion solidement appuyée ne peut être tirée. Cependant, nous pouvons conclure qu’il existe certains signes indiquant que les faibles niveaux d’activité notés chez les enfants d’âge préscolaire sont aussi présents chez les enfants de moins de trois ans.

Dans la même veine, seulement quelques études s’intéressant aux comportements sédentaires des nourrissons et des très jeunes enfants ont été trouvées. Zimmerman et coll.10 ont effectué une enquête téléphonique auprès de 1 009 parents d’enfants américains âgés de 2 à 24 mois dans le but de connaître leurs habitudes de visionnement en matière de télévision, de DVD et de vidéos. Avant d’atteindre 3 mois, environ 40 % des enfants regardaient régulièrement (en moyenne 40 minutes par jour) la télévision, des DVD ou des vidéos. Pour les enfants de 24 mois et moins, cette proportion atteignait 90 %. L’âge médian auquel les enfants commençaient à passer du temps devant l’écran de façon régulière était de neuf mois.

Vandewater et coll.11 ont effectué une enquête en 2005 aux États-Unis auprès d’un échantillon représentatif de parents d’enfants de 0 à 6 ans (N = 1 051). Ils ont constaté que 63 % des enfants de 0 à 2 ans regardaient la télévision au cours d’une « journée typique », et ce pendant en moyenne 1.25 heure. Environ 4 % des 0 à 2 ans utilisaient l’ordinateur au cours d’une « journée typique » et ceux qui le faisaient passaient en moyenne 50 minutes au clavier.

Certain et coll.12 ont effectué une enquête auprès d’un large échantillon de parents américains (N = 3 556). Selon les rapports parentaux, 17 % des enfants de 0 à 11 mois et 48 % des enfants de 12 à 23 mois regardaient la télévision, même si l’American Academy of Pediatrics recommande que les enfants de moins de 2 ans ne la regardent pas.13 De plus, 41 % des enfants de 24 à 35 mois regardaient la télévision plus de 2 heures par jour, bien que l’American Academy of Pediatrics recommande de limiter leur utilisation des médias de divertissement (télévision, jeux vidéo et Internet) à 2 heures par jour.13

Une utilisation courante des médias à un très jeune âge a aussi été confirmée par une enquête menée auprès d’un échantillon de personnes vivant ailleurs qu’aux États-Unis. L’étude GENESIS14 a montré que 11,1 % des enfants de 1 à 2 ans regardaient la télévision plus de 2 heures par jour.

D’après les différentes études examinées ici, nous pouvons conclure que regarder la télévision est déjà chose courante chez les nourrissons et les très jeunes enfants. Il est possible que le temps passé à regarder la télévision remplace le temps consacré à des activités physiques d’intensité faible; de plus, la télévision est souvent associée au grignotage. Elle pose ainsi un double risque pour les enfants.15

Lacunes de la recherche

Pour comprendre de manière approfondie l’activité physique et les comportements sédentaires chez les très jeunes enfants et les nourrissons, il est nécessaire d’effectuer plus de recherches auprès d’enfants de moins de trois ans. Étant donné que les enfants sont actifs de façon soudaine, intermittente et pendant de courtes périodes de temps,6,16 seules l’observation directe et les mesures objectives, comme les accéléromètres, devraient être utilisées pour définir les niveaux d’activité physique des nourrissons et des très jeunes enfants. Cependant, même si la validité et la faisabilité de l’utilisation des accéléromètres chez les enfants d’âge préscolaire ont été appuyées par des études empiriques, des études similaires chez les très jeunes enfants et les nourrissons6 manquent. Deux études pilotes ont analysé l’utilisation des accéléromètres chez des enfants de un an. Cardon et coll.17 ont montré qu’il est déjà possible de mesurer l’activité physique des enfants de un an à l’aide d’un accéléromètre. Trost et coll.18 ont établi des seuils dans les mesures enregistrées par les accéléromètres Actical et ActiGraph pour quantifier les niveaux de sédentarité et d’activité physique d’intensité faible et moyenne à vigoureuse chez les très jeunes enfants. Pour ce faire, ils ont filmé 22 très jeunes enfants d’un service de garde (8 garçons et 14 filles) pendant qu’ils portaient un accéléromètre au cours d’une période de jeu libre de 15 minutes choisie au hasard. La réalisation d’études comparant l’exactitude des données de différents types d’accéléromètres, les différentes positions des appareils de mesure, les seuils de mesure des accéléromètres et les meilleurs intervalles temporels d’échantillonnage serait aussi très importante pour nous permettre de déterminer la meilleure façon de mesurer les mouvements des jeunes enfants. Ces analyses pourraient aussi chercher à caractériser les types de mouvements effectués selon les différentes périodes de développement (stade de nourrisson, très petite enfance et période préscolaire).6 De plus, l’utilité des systèmes d’accélérométrie pouvant détecter la posture du corps (p. ex., le temps passé en position debout ou assise) devrait être explorée auprès de jeunes enfants. Ces appareils pourraient nous aider à évaluer les comportements sédentaires des nourrissons et des très jeunes enfants, car ils peuvent fournir plus de renseignements que les accéléromètres traditionnels.19

Conclusions

Bien que la recherche indique que l’activité physique est importante pour les nourrissons et les très jeunes enfants, nous pouvons conclure que nous en savons très peu sur leurs niveaux d’(in)activité physique. Le peu de résultats disponibles montre que les très jeunes enfants consacrent une grande partie de leur temps à des comportements sédentaires, que le fait de regarder la télévision est déjà chose courante chez les enfants de moins de 3 ans et que ces derniers consacrent peu de temps à la pratique d’activités physiques d’intensité moyenne à vigoureuse.

Nous recommandons d’effectuer d’autres recherches pour augmenter les connaissances sur les aspects fondamentaux de l’activité physique et des comportements sédentaires des nourrissons et des très jeunes enfants. D’ici là, nous conseillons de promouvoir l’activité physique des nourrissons et des très jeunes enfants et de limiter leurs comportements sédentaires (p. ex., en ce qui a trait à l’utilisation des médias).

Implications pour les parents, les services et les politiques

Si des politiques devaient être élaborées et adoptées à grande échelle dans le but d’augmenter les niveaux d’activité physique et de réduire les niveaux de sédentarité observés chez les nourrissons et les très jeunes enfants, ces politiques devraient être développées à partir d’une compréhension approfondie des aspects fondamentaux de l’(in)activité physique dans ces groupes d’âge.

Les jeunes enfants passent la majeure partie de leur temps à la maison avec leurs parents. Par conséquent, les parents peuvent avoir une grande influence sur la santé et les comportements de leurs enfants. Ils ont le contrôle des opportunités de faire de l’activité physique qui sont offertes aux enfants, ils peuvent leur servir de modèles positifs et peuvent également adopter des pratiques parentales particulières, par exemple en établissant des règles en ce qui a trait à l’écoute de la télévision.

Au-delà de l’environnement familial, le service de garde peut jouer un rôle important pour permettre l’atteinte de niveaux d’activité physique adéquats chez les jeunes enfants. En effet, dans bien des pays, la plupart des enfants passent un temps considérable dans un service de garde. Gubbels et coll.20 ont récemment montré un lien positif entre le fait de fréquenter un service de garde à 1 et 2 ans : 1) un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé à 2 ans; 2) une plus grande augmentation de l’IMC entre 1 et 2 ans. Benjamin et coll.21 ont aussi constaté que les nourrissons qui se faisaient garder ailleurs qu’à la maison au cours des six premiers mois de leur vie présentaient des niveaux plus élevés d’adiposité à 1 an et à 3 ans.

De plus, Gubbels et coll.7 ont montré, chez des enfants de 2 et de 3 ans, un lien positif entre les occasions de faire de l’activité physique offertes par l’environnement, le personnel et les pairs et l’intensité de l’activité physique dans les services de garde. Ils ont aussi observé un lien négatif entre la taille du groupe et l’intensité de l’activité. Ces résultats indiquent qu’il faut effectuer d’autres recherches sur la pratique d’activités physiques dans les services de garde et y identifier les possibilités d’intervention.

Références

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  21. Benjamin SE, Rifas-Shiman SL, Taveras EM, Haines J, Finkelstein J, Kleinman K, Gillman MW. Early Child Care and Adiposity at Ages 1 and 3 Years. Pediatrics 2009;124;555-562.

Pour citer cet article :

Cardon G, Van Cauwenberghe E. L’activité physique chez les nourrissons et les très jeunes enfants. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Reilly JJ, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/activite-physique/selon-experts/lactivite-physique-chez-les-nourrissons-et-les-tres-jeunes-enfants. Publié : Février 2011. Consulté le 14 décembre 2019.