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Services à la petite enfance et impacts sur les jeunes enfants

Lieselotte Ahnert1, Ph.D., Michael E. Lamb2, Ph.D.

1University of Vienna, Autriche

2University of Cambridge, Royaume-Uni

Septembre 2018, 2e éd. rév.

Introduction

Dans le monde entier, les enfants vivent généralement avec leurs parents qui en prennent soin, mais reçoivent aussi des soins des membres de la famille élargie, des voisins, des amis et des intervenants en petite enfance rémunérés. Dans les pays industrialisés, l’augmentation de la dépendance envers les services payants, souvent fournis par des centres financés par le gouvernement, a favorisé d’intenses recherches sur les effets (à la fois positifs et négatifs) sur la santé de l’enfant, sur ses aptitudes cognitives, son adaptation et ses relations sociales.1 Bien qu’on observe un consensus à savoir que les parents demeurent l’influence la plus importante sur le bien-être et le développement des enfants, il est également évident que les soins non parentaux peuvent aussi avoir un impact substantiel. En conséquence, les chercheurs se sont centrés sur la nature des soins non parentaux et leurs impacts sur les enfants provenant de divers milieux familiaux et qui ont des besoins éducatifs, développementaux et individuels différents.

Contexte de la recherche

Malgré une abondante documentation sur les effets des services à la petite enfance, les grandes constatations ont pu être largement clarifiées grâce à des données obtenues d’études menées dans plusieurs emplacements, comme l’étude américaine sur les services de garde à l’enfance (NICHD-SECC),2 l’étude de cohorte norvégienne sur les mères et les enfants (MoBa),3 l’étude britannique sur l’efficacité de l’enseignement primaire et préscolaire (Effective Pre-School and Primary Education Study, EPPE)4 ou l’étude nationale allemande sur les services de garde des jeunes enfants (NUBBEK)5 comptant un grand nombre de participants.

Toutefois, les chercheurs doivent se concentrer non seulement sur l’expérience des enfants qui fréquentent des services non parentaux, mais aussi sur d’autres aspects plus larges de l’écologie, y compris le croisement entre les soins parentaux et non parentaux. Par exemple, les enfants qui fréquentent un service vivent des expériences différentes à la maison de celles des enfants qui bénéficient seulement des soins de leurs parents.6,7,8 En conséquence, les chercheurs doivent déterminer si les différences entre les enfants à la maison et ceux qui fréquentent aussi les services sont attribuables à leurs expériences dans un environnement non parental ou à leurs différentes expériences à la maison (ou les deux!). Les chercheurs doivent au minimum maîtriser l’expérience à la maison des enfants lorsqu’ils évaluent les effets des expériences de service de garde non parentale des enfants. Ils doivent aussi chercher à améliorer la précision de leurs résultats en procédant à des méta-analyses qui résument les résultats de multiples études plus petites.9-12

Questions clés pour la recherche

Les chercheurs ont exploré les effets des services à la petite enfance sur plusieurs aspects du développement, bien que les études sur le développement cognitif et langagier (particulièrement dans le contexte des programmes éducatifs compensatoires) ainsi que celles sur le développement socio-émotif et la réactivité au stress aient été particulièrement éclairantes. Les spécialistes et les politiciens qui remettent en question la valeur et le caractère opportun des services ont été notamment préoccupés par l’idée que les enfants ne puissent pas continuer à entretenir des relations favorables avec leurs parents quand ils fréquentent un service à la petite enfance. Ils ont aussi avancé que le fait de recevoir des soins non parentaux occasionne des tensions qui affectent l’adaptation comportementale des enfants. En revanche, ceux qui trouvent une valeur aux services à la petite enfance soulignent le besoin des enfants de nouer de bonnes relations avec les intervenants en petite enfance et leurs pairs pour bénéficier pleinement des expériences enrichissantes offertes par le milieu de la petite enfance. Ils reconnaissent aussi que des soins stimulants à la maison ont une grande influence et qu’ils apportent un complément aux stratégies éducatives et programmes formels.

Résultats récents de la recherche

La transition du foyer au service à la petite enfance est éprouvante pour bien des enfants,10,11 de sorte que les intervenants en petite enfance doivent les aider à composer avec ce stress. Les enfants réussissent à s’adapter à ce nouvel environnement en service à la petite enfance uniquement si les centres maintiennent un faible niveau de stress, voire un niveau de stress modéré, en garantissant que les intervenants établissent des relations étroites et positives avec les enfants et fournissent des services de haute qualité.12,13 

Les intervenants en petite enfance sont bien sûr capables de développer des relations significatives avec les enfants, mais la qualité et la sérénité de ces relations dépendent du comportement des intervenants à l’égard du groupe dans son ensemble plus que de la qualité des interactions avec des enfants en particulier. En effet, les relations émergentes entre les intervenants en petite enfance et les enfants reflètent les caractéristiques et les dynamiques du groupe, alors que l’attachement parent-enfant semble être influencé plus directement par les interactions dyadiques.Les chercheurs qui ont étudié les comportements, les croyances en matière d’éducation et les attitudes des intervenants ont montré que les comportements des intervenants orientés vers le groupe avaient un impact non seulement sur la mise en place des attachements intervenant-enfant,14 mais également sur les climats régnant au sein de la classe et sur l’harmonie du jeu entre les pairs.15 De plus, les attitudes et les croyances ont une influence sur les comportements des intervenants en service à la petite enfance, particulièrement lors de la prise en charge d’enfants issus de contextes culturels différents. Ne pas partager l’héritage culturel de l’intervenant peut compliquer la relation.5,16,17 

Pour les enfants qui fréquentent les services à la petite enfance, le développement et le maintien de bonnes relations avec les parents dépendent des capacités des parents à leur prodiguer des soins attentionnés à la maison.18 De plus, il est important que les parents établissement un équilibre entre la maison et les services et qu’ils continuent à fournir des formes d’interactions intimes rarement disponibles dans les centres de service.19 De longues heures dans les services et des relations parent-enfant stressantes sont associées à l’agressivité chez les enfants d’âge préscolaire,20,21 alors que les bonnes relations avec les intervenants en petite enfance aident à diminuer les problèmes de comportement et l’agressivité.22 

À partir de l’âge de deux ans, les enfants sont capables d’interagir plus en profondeur avec leurs pairs. De telles rencontres fournissent d’excellentes occasions d’apprendre les règles de l’interaction sociale : comment évaluer les offres sociales, mener des dialogues et plus important encore, résoudre des conflits avec les pairs de façon constructive. Néanmoins, les enfants au tempérament difficile sont moins portés à interagir positivement avec leurs pairs, ce qui est particulièrement problématique dans les centres de faible qualité.23 De plus, les enfants au tempérament difficile sont particulièrement susceptibles d’être affectés, positivement et négativement, par les variations au niveau de la qualité des services.24,25 Finalement, les expériences avec les pairs aident les enfants au tempérament difficile à développer des habiletés sociales supérieures par rapport à leurs pairs sans expérience de garde non parentale.26,27

Malgré les précédents résultats contradictoires concernant les effets des services à la petite enfance sur le développement cognitif et linguistique, la recherche plus récente a systématiquement documenté les effets continus et positifs des services de grande qualité – même sur le rendement scolaire.2,28,29 Presque tous les enfants (pas seulement ceux qui proviennent de foyers moins stimulants) peuvent en profiter sur le plan cognitif, et avec des effets similaires qu’ils fréquentent les services de garde à temps plein ou à temps partiel.4,30

Conclusion

Les enfants qui fréquentent les services à la petite enfance se développent-ils différemment de ceux qui ne profitent pas d’une telle expérience? Bien des spécialistes se sont inquiétés a priori du fait que les soins non parentaux puissent présenter un risque pour les enfants et ont donc cherché à déterminer si les enfants en services étaient aussi bien adaptés sur les plans psychologique et comportemental que ceux évoluant exclusivement à la maison. Par la suite, les chercheurs ont commencé à explorer les avantages des soins de bonne qualité et leurs bénéfices potentiels pour les enfants. Plus particulièrement, ils ont noté que les services à la petite enfance offrent l’occasion de contacts sociaux plus profonds avec les pairs et avec les adultes, ouvrant ainsi un monde social plus étendu aux enfants. Les expériences positives en services à la petite enfance peuvent aussi améliorer les occasions éducatives ultérieures, de telle façon que les enfants qui fréquentent un service de soins non parentaux en bas âge sont davantage capables de profiter de l’éducation, de s’adapter à la routine et de résister aux conflits. Cependant, la maison reste le centre émotif de la vie de l’enfant et il est important que les relations parent-enfant favorables ne soient pas entachées par des expériences en services à la petite enfance, même quand les enfants passent des quantités considérables de temps dans ces services.

Implications

Parce que les enfants peuvent bénéficier des expériences dans les services à la petite enfance, les services non parentaux doivent être de bonne qualité et devraient fournir un accès à une variété de relations sociales positives. Cependant, si l’on veut s’assurer que ces environnements sont appropriés au développement, les ratios adultes enfants doivent être peu élevés. La taille du groupe et sa composition doivent aussi être considérés comme des médiateurs de la qualité des relations individuelles entre le pourvoyeur et l’enfant.2 Il est aussi important que des règlements assurent la plus haute qualité possible et que les parents informés l’exigent. Parce que s’occuper des enfants des autres (en groupe) demande des stratégies différentes de celles de s’occuper de ses propres enfants, les intervenants doivent être soutenus par la société, bien rémunérés et enrichis par de l’éducation ou de la formation sérieuse et consciencieuse.

Références 

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Pour citer cet article :

Ahnert L, Lamb ME. Services à la petite enfance et impacts sur les jeunes enfants. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Bennett J, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/services-la-petite-enfance-education-et-accueil-des-jeunes-enfants/selon-experts/services-la-petite. Actualisé : Septembre 2018. Consulté le 16 novembre 2018.