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Services à la petite enfance et impacts sur les jeunes enfants

Lieselotte Ahnert, Ph.D., Michael E. Lamb, Ph.D.

Free University, Allemagne, National Institute of Child Health and Human Development, États-Unis

Mai 2011, Éd. rév.

Introduction

Dans le monde entier, les enfants vivent généralement avec leurs parents qui en prennent soin, mais reçoivent aussi des soins des membres de la famille élargie, des voisins, des amis et des pourvoyeurs de services rémunérés. Dans les pays industrialisés, l’augmentation de la dépendance envers les services payants, souvent fournis par des centres financés par le gouvernement, a favorisé depuis 40 ans d’intenses recherches sur les effets (à la fois positifs et négatifs) sur la santé de l’enfant, sur ses aptitudes cognitives, son adaptation et ses relations sociales.1 Bien qu’on observe un consensus à l’effet que les parents demeurent l’influence la plus importante sur le bien-être et le développement des enfants, il est également évident que les soins non parentaux peuvent aussi avoir un impact substantiel. En conséquence, les chercheurs se sont centrés sur la nature des soins non parentaux et leurs impacts sur les enfants provenant de divers milieux familiaux et qui ont des besoins éducatifs, développementaux et individuels différents.

Problèmes

Quand ceux qui étudient le développement de la petite enfance ont commencé à examiner l’impact des soins non parentaux, ils se sont d’abord demandé si des soins prodigués par une autre personne que la mère étaient néfastes ou bénéfiques. Selon bien des théoriciens, les services à la petite enfance pourraient poser problème pour les tout-petits et les enfants d’âge préscolaire. La théorie de l’attachement, par exemple, fait un lien entre la réussite du développement socio-émotif précoce et les relations de confiance (attachement) avec quelques figures de référence comme les parents. Cette théorie avance aussi que des soins continus, sans qu’il y ait de séparation, étaient essentiels pour nouer et entretenir de tels liens d’attachement primaires, qui influencent aussi la régulation émotive des enfants et leur comportement social, tant sur le coup que plus tard dans la vie.2-3 Étant donné que les services non parentaux sous-entendent nécessairement une séparation d’avec les figures primaires d’attachement, les théoriciens s’inquiétaient que cette séparation puisse nuire aux liens d’attachement primaires et donc compromettre le développement socio-émotif. Ils ont aussi soutenu que les pourvoyeurs de services qui n’ont pas de lien de parenté avec l’enfant sont, en moyenne, moins engagés que les parents dans les soins. Les sociobiologistes soutiennent de plus que la qualité des soins est fonction du degré du lien de parenté entre le pourvoyeur et l’enfant,4,5 de sorte qu’on peut s’attendre à la plus faible qualité de services de la part de pourvoyeurs qui n’ont aucun lien de parenté avec l’enfant, y compris des éducatrices, des gardiennes et des nourrices payées. Les théoriciens du développement ont avancé une vision beaucoup plus positive des services à la petite enfance. Ils ont insisté sur la valeur de la stimulation et de l’instruction bien conçues pour ce qui est du développement mental et communicationnel des enfants.6

Contexte de la recherche

Malgré une abondante documentation sur les effets des services à la petite enfance, les grandes constatations ont pu être largement clarifiées grâce à des données obtenues d’études menées dans plusieurs emplacements, comme l’étude NICHD  Early Child Care Network7 ou la Cost, Quality and Outcome Study (CQOS),8 qui comptent un grand nombre de participants.

Toutefois, les chercheurs doivent se concentrer non seulement sur l’expérience des enfants qui fréquentent des services non parentaux, mais aussi sur d’autres aspects plus larges de l’écologie, y compris le croisement entre les soins parentaux et non parentaux. Par exemple, les enfants qui fréquentent un service vivent des expériences différentes à la maison de celles des enfants qui bénéficient seulement des soins de leurs parents.9,10 En conséquence, les chercheurs doivent déterminer si les différences entre les enfants à la maison et ceux qui fréquentent aussi les services sont attribuables à leurs expériences dans un environnement non parental ou à leurs différentes expériences à la maison (ou les deux!). Ils doivent aussi chercher à améliorer la précision de leurs résultats en procédant à des méta-analyses qui résument les résultats de multiples études plus petites.11

Questions clés pour la recherche

Les chercheurs ont exploré les effets des services à la petite enfance sur plusieurs aspects du développement, bien que les études sur le développement cognitif et langagier (particulièrement dans le contexte des programmes éducatifs compensatoires) ainsi que celles sur le développement socio-émotif et la réactivité au stress aient été particulièrement éclairantes. Les spécialistes et les politiciens qui questionnent la valeur et le caractère opportun des services ont été notamment préoccupés par l’idée que les enfants ne puissent pas continuer à entretenir des relations favorables avec leurs parents quand ils fréquentent un service à la petite enfance. Ils ont aussi avancé que le fait de recevoir des soins non parentaux occasionne des tensions qui affectent l’adaptation comportementale des enfants.12,13 En revanche, ceux qui trouvent une valeur aux services à la petite enfance soulignent le besoin des enfants de nouer de bonnes relations avec les pourvoyeurs de services et leurs pairs pour bénéficier pleinement des expériences enrichissantes offertes par le milieu de la petite enfance. Ils reconnaissent aussi que des soins stimulants à la maison ont une grande influence et qu’ils apportent un complément aux stratégies éducatives et programmes formels.

Récents résultats de la recherche

Pour les enfants qui fréquentent les services à la petite enfance, le développement et le maintien de bonnes relations avec les parents dépendent des capacités des parents à leur prodiguer des soins attentionnés à la maison.14 De plus, il est important que les parents établissement un équilibre entre la maison et les services et qu’ils continuent à fournir des formes d’interactions intimes rarement disponibles dans les centres de service.15,16 De longues heures dans les services et des relations parent-enfant stressantes sont associées à l’agressivité chez les enfants d’âge préscolaire,17,18 alors que les bonnes relations avec les pourvoyeurs de soins aident à diminuer les problèmes de comportement et l’agressivité.19 La transition du foyer au service à la petite enfance est éprouvante pour bien des enfants, ce qui fait que les pourvoyeurs de soins doivent les aider à composer avec ce stress.20

Les pourvoyeurs de soins sont bien sûr capables de développer des relations significatives avec les enfants, mais la qualité et la sérénité de ces relations dépend du comportement des pourvoyeurs à l’égard du groupe dans son ensemble plus que de la qualité des interactions avec des enfants en particulier. En effet, les relations émergentes entre les pourvoyeurs de soins et les enfants reflètent les caractéristiques et les dynamiques du groupe, alors que l’attachement parent-enfant semble être influencé plus directement par les interactions dyadiques.11 À partir de l’âge de deux ans, les enfants sont capables d’interagir plus en profondeur avec leurs pairs. De telles rencontres fournissent d’excellentes occasions d’apprendre les règles de l’interaction sociale : comment évaluer les offres sociales, mener des dialogues et plus important encore, résoudre des conflits avec les pairs de façon constructive.21

Malgré les précédents résultats contradictoires concernant les effets des services à la petite enfance sur le développement cognitif et linguistique, la recherche plus récente a systématiquement documenté les effets continus et positifs des services de grande qualité – même sur le rendement scolaire.22,23,24 Presque tous les enfants (pas seulement ceux qui proviennent de foyers moins stimulants) peuvent en profiter sur le plan cognitif, spécialement lorsqu’ils bénéficient de relations positives avec leurs pourvoyeurs de soins.24

Conclusion

Les enfants qui fréquentent les services à la petite enfance se développent-ils différemment de ceux qui ne profitent pas d’une telle expérience? Bien des spécialistes se sont inquiétés a priori du fait que les soins non parentaux puissent présenter un risque pour les enfants et ont donc cherché à déterminer si les enfants en services étaient aussi bien adaptés sur les plans psychologique et comportemental que ceux évoluant exclusivement à la maison. Par la suite, les chercheurs ont commencé à explorer les avantages des soins de bonne qualité et leurs bénéfices potentiels pour les enfants. Plus particulièrement, ils ont noté que les services à la petite enfance offrent l’occasion de contacts sociaux plus profonds avec les pairs et avec les adultes, ouvrant ainsi un monde social plus étendu aux enfants. Les expériences positives en services à la petite enfance peuvent aussi améliorer les occasions éducatives ultérieures, de telle façon que les enfants qui fréquentent un service de soins non parentaux en bas âge sont davantage capables de profiter de l’éducation, de s’adapter à la routine et de résister aux conflits. Cependant, la maison reste le centre émotif de la vie de l’enfant et il est important que les relations parent-enfant favorables ne soient pas entachées par des expériences en services à la petite enfance, même quand les enfants passent des quantités considérables de temps dans ces services.15

Implications

Parce que les enfants peuvent bénéficier des expériences dans les services à la petite enfance, les services non parentaux doivent être de bonne qualité et devraient fournir un accès à une variété de relations sociales positives.25 Cependant, si l’on veut s’assurer que ces environnements sont appropriés au développement, les ratios adultes enfants doivent être peu élevés. La taille du groupe et sa composition doivent aussi être considérés comme des médiateurs de la qualité des relations individuelles entre le pourvoyeur et l’enfant.26,27 Il est aussi important que des règlements assurent la plus haute qualité possible et que les parents informés l’exigent. Parce que s’occuper des enfants d’autres personnes (en groupe) demande des stratégies différentes de celles pour s’occuper de ses propres enfants, les pourvoyeurs doivent être soutenus par la société, bien rémunérés et enrichis par de l’éducation ou de la formation sérieuse et consciencieuse.

Références

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  3. Bowlby J. Separation, anxiety, and anger. New York, NY: Basic Books; 1973. Attachment and loss; vol 2.
  4. Barash D. The whisperings within. New York, NY: Harper & Row; 1979.
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Pour citer cet article :

Ahnert L, Lamb ME. Services à la petite enfance et impacts sur les jeunes enfants. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Bennett J, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/services-la-petite-enfance-education-et-accueil-des-jeunes-enfants/selon-experts/services-la-petite. Actualisé : Mai 2011. Consulté le 22 septembre 2018.