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Prévention de la maltraitance des enfants et des séquelles connexes

Jane Barlow, D.Phil; FFPH (Hon)

Warwick Infant and Family Well-being Unit, University of Warwick, Royaume-Uni

Février 2012

Introduction

La maltraitance des enfants prend quatre formes : violence physique, violence sexuelle, violence psychologique et négligence. Récemment, l’exposition à la violence conjugale a été incluse dans les formes de violence faite aux enfants. La maltraitance des enfants est un problème de santé publique et de bien-être collectif important, surtout dans les pays à revenu élevé.1 C’est pourquoi on a commencé à déterminer des méthodes efficaces de prévention au cours des deux dernières décennies.

Sujet

Un nombre significatif d’enfants vivent de la violence. Un examen récent des études de prévalence a conclu qu’environ 4 à 16 % des enfants sont victimes de violence physique; 10 % de négligence ou de violence psychologique; 5 à 10 % des filles et 5 % des garçons de violence sexuelle avec pénétration et trois fois plus d’enfants de violence sexuelle sans pénétration.1 Les conséquences de cette violence sont vastes et ont une incidence importante sur la morbidité et la mortalité. Aux États-Unis, par exemple, plus de 2 000 enfants meurent chaque année des suites de la violence et de la négligence, 86 % de tous les décès pour cause de maltraitance survenant chez les enfants de moins de 6 ans et 43 % chez des nourrissons de moins d’un an.2 Les répercussions à long terme chez les survivants comprennent une vaste gamme de troubles de santé mentale, y compris la consommation de drogue et l’abus d’alcool, des comportements sexuels à risque et des tendances criminelles, autant de comportements qui perdurent jusqu’à l’âge adulte.1 Les conséquences pour la société de tels mauvais traitements sont aussi importantes sur le plan des coûts tant directs (p. ex. : services pour repérer et réagir aux cas de violence à l’égard d’enfants) qu’indirects (p. ex. : services pour prendre en charge les problèmes connexes à la violence, tels que les troubles de santé mentale, la toxicomanie, la criminalité, etc.).3

La prévalence élevée et les conséquences sérieuses de la maltraitance des enfants font ressortir l’importance d’avoir des programmes de prévention et de traitement efficaces. Les stratégies de prévention portent sur : (a) la prévention primaire, qui vise à intervenir avant que la violence n’ait eu lieu et qui mise sur deux optiques différentes – la population et le ciblage; (b) la prévention de la récurrence de la violence après qu’elle a émergé; et (c) la prévention visant à réduire les troubles afférents.

Problème

L’une des principales difficultés associées à la reconnaissance de « ce qui fonctionne » pour prévenir la maltraitance des enfants est l’absence de modèles de recherches rigoureuses utilisées pour évaluer l’efficacité de programmes. La mesure des résultats fluctue largement entre les études et elles font un recours excessif aux déclarations d’auto-évaluation et de comportement des enfants faites par les parents.

Contexte de la recherche

Bien que la maltraitance des enfants constitue un problème de santé publique notable tant du point de vue des conséquences pour la personne que pour la société, il y a un bassin de recherches limité qui traite expressément de prévention, et une bonne partie de la recherche à notre disposition porte sur la prévention secondaire/tertiaire (c.-à-d., l’intervention une fois que la violence a eu lieu) et non pas primaire. Dans le même ordre d’idées, une bonne partie de la recherche sur la prévention primaire traite des démarches ciblées sur les groupes à risque élevé par opposition à des démarches universelles ou axées sur la population.

Questions clés pour la recherche

Les questions clés de la recherche portent autant sur l’efficacité que sur le rapport coût-efficacité des démarches de prévention de la maltraitance des enfants et traitent des quatre grandes formes de mauvais traitements mentionnées ci-dessus dans l’optique des différents niveaux de prévention. D’autres questions sont tournées sur les démarches particulières les mieux adaptées à divers groupes de la population qui posent un risque lié à la maltraitance des enfants (p. ex. : des parents qui consomment de la drogue, des parents aux prises avec la violence conjugale).

Résultats clés de la recherche

Prévention primaire

La recherche suggère qu’une panoplie de stratégies de prévention sont prometteuses. Bien que les visites à domicile ne soient pas toutes efficaces, le programme Nurse Family Partnership4 [Partenariat entre les infirmières et les familles] et le programme Early Start5 [Bon départ] ont montré leur efficacité. Des programmes normalisés d’appui aux parents, comme le Triple P,6 ont aussi montré des bienfaits, mais il faut davantage d’évaluations auprès des populations à risque élevé. Des programmes de sensibilisation en milieu hospitalier pour prévenir les traumatismes crâniens causés par la violence7 sont prometteurs, au même titre que des soins pédiatriques accrus8 pour les familles d’enfants à risque de subir de la violence physique ou de la négligence. Bien que les programmes de sensibilisation en milieu scolaire semblent efficaces pour sensibiliser les enfants et améliorer leurs comportements protecteurs,9 on ignore pour l’instant à quel point ils sont efficaces pour prévenir la violence sexuelle.

Prévention de la récurrence

Il y a très peu de données sur ce qui fonctionne pour prévenir la récurrence de la violence. La thérapie d’interaction parents-enfant a montré des avantages pour prévenir la récurrence de la violence physique à l’égard des enfants, mais il n’y a pas de données issues d’essais contrôlés randomisés qui traitent des éléments favorables à la prévention de la récidive des autres formes de violence.

Prévention des séquelles

La recherche indique que la prévention des séquelles nécessite une évaluation approfondie de l’enfant et de la famille. La thérapie cognitivo-comportementale offre les meilleurs résultats pour réduire les répercussions de la violence sexuelle sur la santé mentale des enfants éprouvant des symptômes de stress post-traumatique.11 Plusieurs interventions sont porteuses d’espoir : certaines thérapies axées sur l’enfant violenté, y compris le Resilient Peer Treatment12 [traitement par les pairs résilients], un programme de jeux d’imagination,13 une thérapie multisystémique14 et un programme d’intervention de jour.15 Il y a aussi des données montrant l’efficacité du counseling après l’hébergement en centre d’accueil pour les femmes exposées à la violence conjugale,16,17 de la psychothérapie enfant-parent18,19 et de la thérapie cognitivo-comportementale axée sur les traumatismes pour les enfants manifestant des symptômes de troubles de stress post-traumatique causés par la violence conjugale dont ils ont été témoins.20

Pour les enfants violentés

La recherche montre que le placement en famille d’accueil d’un enfant violenté peut comporter des avantages à plusieurs égards, y compris au niveau du comportement antisocial,21 du retardement de l’activité sexuelle,22 de l’assiduité et du rendement scolaires,23 du comportement social et de la qualité de vie,24 par comparaison au maintien dans le foyer ou à la réinsertion dans le foyer après un placement en famille d’accueil. La recherche montre aussi que des soins rehaussés en placement familial peuvent mener à de meilleurs résultats sur le plan des troubles de santé mentale et physique.25

Lacunes de la recherche

Il faut approfondir la recherche pour déterminer les démarches et stratégies qui peuvent servir dans une approche primaire axée sur la population (p. ex. : accessible à tous) et aussi des approches ciblées (p. ex. : groupes à risque élevé) pour prévenir la violence à l’égard des enfants. Les stratégies axées sur la population incluent la réalisation de vastes changements aux systèmes juridiques en vue de mieux protéger les enfants contre l’utilisation de méthodes parentales répulsives (p. ex. : le châtiment corporel) et comprennent la mise en œuvre de programmes de soutien parental fondés sur des données probantes (p. ex. : Triple P à l’échelle de la population). Il faut poursuivre l’évaluation de la valeur d’approches ciblées, telles que le counseling fondé sur des interactions filmées, les interventions fondées sur l’attachement et la mentalisation, et la psychothérapie parents-nourrisson, qui sont toutes des méthodes d’intervention en bas âge visant à améliorer l’interaction entre parents et nourrisson ou tout-petit dans les familles à haut risque. Il faut davantage d’études de suivi à long terme, notamment sur les interventions qui ont lieu dans les trois premières années de vie et sur les démarches faisant appel à plusieurs méthodes et sources pour évaluer la maltraitance.26 Il faut aussi poursuivre les recherches sur les démarches susceptibles d’être bénéfiques pour prévenir la récurrence et les séquelles, un domaine où les données sont une fois de plus limitées. De telles recherches doivent se fonder sur les approches connues qui portent des fruits.

Conclusions

Compte tenu de la prévalence élevée de la maltraitance et de ses conséquences sérieuses sur la vie des victimes, de leur famille et de la société en général, il est important de repérer des méthodes efficaces de prévention et d’intervention. Certains laissent entendre qu’une approche en matière de santé publique est maintenant nécessaire.27 Malgré le peu d’études sur ce qui fonctionne pour prévenir la maltraitance des enfants, nous avons tout de même fait beaucoup de progrès au cours des 20 dernières années pour élaborer de nouvelles démarches. Les données les plus solides appuient l’utilisation de programmes précis de visite à domicile et de soutien parental dans le cadre d’approches ciblées et axées sur la population visant à assurer la prévention primaire. Toutefois, l’état des connaissances est moins avancé au sujet des approches pour prévenir la violence sexuelle, la violence psychologique et l’exposition à la violence conjugale. Aussi, bien qu’il y ait une vaste gamme de programmes servant à prévenir la récurrence, il y a peu de données pour l’instant sur leur efficacité. Qui plus est, les programmes fondés sur des données, comme la thérapie d’interaction parents-enfant, se sont montrés fructueux dans le cas de violence physique, mais pas de négligence. Les données les plus solides montrent que l’amélioration du fonctionnement psychologique contribue à réduire les séquelles chez les enfants ayant connu la violence sexuelle; la thérapie cognitivo-comportementale semble améliorer le sort des enfants manifestant des symptômes de trouble de stress post-traumatique, et un petit nombre de thérapies axées sur l’enfant aident les victimes de négligence. Enfin, bien que les placements à l’extérieur du milieu familial soient l’une des interventions les plus couramment utilisées pour les enfants violentés, il y a peu de données sur le sujet et celles qu’il y a sont ciblées sur les avantages des placements en famille d’accueil et sur les adaptations de ce modèle.

Implications pour les parents, les services et les politiques

La recherche suggère que les stratégies pour prévenir la maltraitance doivent être mises en œuvre dès la grossesse et comprendre tant des approches à l’échelle de la population visant à fournir aux femmes enceintes/aux parents et aux nouveau-nés un soutien universel de grande portée (p. ex. : Triple P à l’échelle de la population) que des approches ciblées (p. ex. : un programme de visite à domicile intensif tel que le Partenariat entre les infirmières et les familles) pour les familles aux prises avec des risques supplémentaires qui augmentent la vulnérabilité du bébé. La prévention de la récurrence et des séquelles doit inclure des interventions qui ciblent les parents (p. ex. : counseling après l’hébergement en centre d’accueil), la dyade (p. ex. : la psychothérapie parents-nourrisson et la thérapie d’interaction parents-enfant) et les interventions axées sur l’enfant (p. ex. : programmes de sensibilisation en milieu scolaire, thérapie cognitivo-comportementale axée sur les traumatismes et thérapie cognitivo-comportementale à elle seule, thérapie par le jeu, thérapie multisystémique, programmes de traitement par les pairs résilients et placement (amélioré) en famille d’accueil.

Références

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Pour citer cet article :

Barlow J. Prévention de la maltraitance des enfants et des séquelles connexes . Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. MacMillan HL, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/maltraitance-des-enfants/selon-experts/prevention-de-la-maltraitance-des-enfants-et-des-sequelles. Publié : Février 2012. Consulté le 12 décembre 2018.