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Investir chez les très jeunes enfants

James J. Heckman, Ph.D., Lauréat du prix Nobel 2000 en sciences économiques, Henry Schultz, professeur à titre personnel en économie

University of Chicago, États-Unis

Février 2007, 2e éd.

L’apprentissage commence dès la petite enfance, bien avant le début de l’éducation formelle, et se poursuit pendant toute la vie. L’apprentissage précoce engendre des apprentissages ultérieurs et la réussite précoce entraîne d’autres réussites, tout comme les échecs précoces causent des échecs plus tard. À cette étape, le succès ou l’échec bâtit les fondations de la réussite ou de l’échec scolaire, qui à son tour conduit à la réussite ou à l’échec dans les apprentissages postscolaires. Des études récentes sur les investissements en petite enfance ont montré des réussites remarquables et indiquent que les premières années sont importantes pour l’apprentissage précoce. De plus, les interventions de grande qualité pendant la prime enfance ont des effets durables sur l’apprentissage et sur la motivation. En tant que société, nous ne pouvons attendre que les jeunes atteignent l'âge adulte ou l'âge scolaire pour investir dans leur développement, l'intervention serait trop tardive.

Cependant, les politiques actuelles sur l’éducation et la formation professionnelle sont basées sur des opinions erronées sur la façon dont se bâtissent les habiletés sociales. En tenant surtout compte des habiletés cognitives telles que mesurées par les tests de QI, on exclut souvent l’importance cruciale des habiletés sociales, de l’autodiscipline et une variété d’habiletés non cognitives connues pour déterminer la réussite dans la vie. De plus, cette préoccupation de l’habileté cognitive et des « personnes intelligentes » telles que mesurées par des résultats à des tests en excluant l’adaptabilité sociale et la motivation entraîne une sérieuse discrimination dans l’évaluation du capital humain.

Une autre erreur courante présente dans l’analyse des politiques sur le capital humain est l’hypothèse selon laquelle les habiletés sont déterminées à un très jeune âge. Cette conception statique des habiletés va à l’encontre d’une importante série de recherches que l’on trouve dans la documentation sur le développement de l’enfant. Plus précisément, la recherche a démontré que dans les premières années de la vie, les habiletés de base peuvent être modifiées. Une vision plus corrective de l’habileté (ou plutôt des habiletés) est qu’elles se développent dans plusieurs situations d’apprentissage et que les habiletés précoces favorisent ensuite les apprentissages futurs.

Les discussions sur les politiques actuelles en matière d’éducation et de formation ont tendance à ne pas tenir compte des priorités ou manquent de reconnaître la nécessité d’en établir. Malheureusement, à une époque où les budgets gouvernementaux sont restreints, on peut difficilement envisager des programmes d’investissement actif pour tous. La vraie question est comment faire un sage usage des fonds disponibles. Les meilleures preuves soutiennent la prescription politique suivante : investir chez les très jeunes et améliorer les habiletés d’apprentissage et de socialisation de base.

Note :

Ce texte est adapté à partir de l’article The real question is how to use the available funds wisely. The best evidence supports the policy prescription: Invest in the very young, publié par Ounce of Prevention Fund et University of Chicago Harris School of Public Studies. 2000. Cet article a été approuvé par le Dr Heckman.

Pour citer cet article :

Heckman JJ, Schultz H. Investir chez les très jeunes enfants. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/importance-du-developpement-des-jeunes-enfants/selon-experts/investir-chez-les-tres-jeunes-enfants. Actualisé : Février 2007. Consulté le 13 novembre 2019.