Retour aux publications récentes

Interventions auprès des parents et des enfants lors d’un divorce ou d’une séparation

1Clorinda E. Vélez, Ph.D., 2Sharlene A. Wolchik, Ph.D., 2Irwin N. Sandler, Ph.D.

1University of Delaware, États-Unis, 2Arizona State University, États-Unis

Septembre 2011

Introduction

On estime que 50 % des jeunes aux États-Unis vivent le divorce de leurs parents.1 Comparativement à leurs pairs résidant avec leurs deux parents, ces jeunes présentent des niveaux plus élevés de problèmes psychologiques, académiques et sociaux,2,3 des taux de consommation de substances accrus et un plus grand risque de vivre une grossesse à l’adolescence. Chez certains jeunes, les effets négatifs du divorce parental se poursuivent à l’âge adulte.4,5,6 Toutefois, même si le divorce est associé à un risque accru de problèmes dans de multiples domaines, la plupart des enfants de parents divorcés ne présentent pas de problèmes d’adaptation importants.

La prévalence du divorce, ses séquelles négatives et la variabilité dans la réponse des enfants qui sont touchés sont de solides arguments pour appuyer le développement d’interventions guidées par la théorie. Cet article présente les connaissances actuelles sur les programmes guidés par la théorie qui ont été conçus pour prévenir les problèmes d’adaptation de l’enfant à la suite du divorce. La revue se limite aux interventions préventives qui ont entraîné des effets positifs sur les problèmes d’adaptation dans au moins un essai expérimental ou quasi-expérimental.

Sujet

Les facteurs intrapersonnels et interpersonnels ont d’importantes implications sur les problèmes d’adaptation des enfants suite au divorce. Les chercheurs ont identifié plusieurs facteurs potentiellement modifiables qui prédisent les problèmes d’adaptation post-divorce des enfants, notamment les conflits entre les parents,3 la qualité des relations parent-enfant,7 la discipline,8 les cognitions des enfants9 et les stratégies d’adaptation des enfants.10 Théoriquement, si les programmes modifient ces facteurs, on devrait constater une réduction des problèmes d’adaptation des enfants. 

Les programmes ont pris quatre formes : ceux qui sont centrés sur l’enfant, ceux qui sont centrés sur le parent résidant avec l’enfant, ceux qui sont centrés sur le parent ne résidant pas avec l’enfant et ceux qui combinent des interventions auprès du parent résidant avec l’enfant et de l’enfant lui-même. Les programmes centrés sur l’enfant ciblent les habiletés à faire face aux événements stressants liés au divorce, les habiletés d’expression émotionnelle et les ressources interpersonnelles (p. ex., la qualité des relations parent-enfant). Les programmes centrés sur les parents ciblent des facteurs comme la qualité de la relation parent-enfant, la discipline, la gestion des colères, la qualité et la quantité des contacts avec le parent qui ne réside pas avec l’enfant.

Problèmes

La haute prévalence du divorce implique qu’il influence considérablement les taux de problèmes qui y sont liés à l’échelle de la population.11 Le calcul de la fraction étiologique du risque, soit la proportion maximale d’une conséquence due à un facteur de risque qui pourrait être prévenue en éliminant ce facteur dans la population, révèle que 36 % des problèmes de santé mentale au début de l’âge adulte, 30 % des grossesses à l’adolescence et 23 % des abandons scolaires pourraient être prévenus par l’élimination des effets négatifs du divorce.12 Le développement, l’évaluation et la diffusion de programmes pour le groupe à risque que forment les enfants de parents divorcés ont donc d’importantes implications en matière de santé publique.

Contexte de la recherche

Au cours des 35 dernières années, deux groupes d’investigateurs ont développé des programmes centrés sur l’enfant qui ont entraîné des effets positifs sur les problèmes d’adaptation dans le cadre d’études expérimentales et/ou quasi expérimentales. Trois groupes d’investigateurs ont développé des programmes centrés sur les parents qui ont entraîné des effets positifs sur les problèmes d’adaptation de l’enfant dans le cadre d’études expérimentales. Parmi ces cinq programmes, seulement un a été évalué dans plus d’un essai expérimental. La rigueur méthodologique des devis quasi-expérimentaux a varié grandement d’une investigation à l’autre, les plans allant de l’utilisation d’un groupe témoin formé d’enfants de parents non-divorcés à l’assignation aléatoire d’écoles (mais pas d’individus) aux conditions de l’intervention.

Questions clés pour la recherche

Les programmes de prévention guidés par la théorie réduisent-ils les problèmes d’adaptation des enfants suite au divorce? Ces programmes changent-ils les médiateurs théoriques (des variables qui, selon des hypothèses, constituent les mécanismes par lesquels le divorce entraîne des problèmes d’adaptation), et ces changements de médiateurs entraînent-ils des améliorations sur le plan de l’adaptation? Les effets des programmes se maintiennent-ils tout au long du développement? Comment l’accessibilité aux programmes peut-elle être accrue?

Résultats de recherche récents

Les programmes centrés sur l’enfant

Le Children of Divorce Intervention Program (CODIP)13 et le Children’s Support Group (CSG)14 sont des programmes très similaires. Un essai expérimental et plusieurs essais quasi-expérimentaux ont montré que le CODIP réduit un éventail de problèmes d’adaptation (par ex., l’anxiété, les problèmes en classe) et améliore les perceptions reliées au divorce.15 Ces effets positifs ont été observés chez des enfants de différents âges entre la maternelle et la sixième année, en banlieue et en milieu urbain.8,15,16,17 Ils s’étaient maintenus deux ans après la participation au programme.18 Du côté du CSG, deux essais quasi-expérimentaux ont montré que ce programme a des effets préventifs et curatifs positifs sur l’estime de soi, les habiletés sociales et les problèmes d’adaptation chez les enfants et les jeunes adolescents; les effets sur les problèmes d’adaptation s’étaient maintenus lors du suivi effectué un an après la participation au programme.14,19

Les programmes centrés sur le parent résidant avec l’enfant

Il a été démontré que le programme Parenting Through Change (PTC)20 et le New Beginnings Program (NBP)21-22 ont des effets positifs sur les problèmes d’adaptation des enfants. Trois ans après la participation au PTC, dans le cadre d’un essai aléatoire contrôlé, les enfants présentaient moins de problèmes d’adaptation; neuf ans plus tard, ces enfants étaient aussi moins délinquants (p. ex., réduction du nombre d’arrestations). Les effets sur les problèmes d’adaptation des enfants ont été expliqués par des améliorations dans les pratiques parentales positives et la discipline coercitive; les effets sur la délinquance ont été expliqués par des améliorations dans l’efficacité des pratiques parentales et des diminutions des associations avec des pairs déviants.23,24,25

Le NBP a été évalué dans le cadre de deux essais aléatoires contrôlés. Dans le premier essai, des effets positifs ont été observés au post-test pour les problèmes de santé mentale.21 Cet effet du programme a été expliqué par des améliorations dans la qualité de la relation mère-enfant. Dans le second essai, des effets positifs ont été observés au post-test pour les problèmes d’internalisation et d’externalisation. Au suivi effectué six mois après la participation au programme, l’effet sur les problèmes d’externalisation s’était maintenu. Les effets sur les problèmes d’internalisation au post-test ont été expliqués par une amélioration de la qualité de la relation mère-enfant. Les effets sur les problèmes d’externalisation au post-test et au suivi après six mois ont été expliqués par des améliorations dans la qualité de la relation mère-enfant et dans l’efficacité de la discipline. Dans les deux essais, les effets du programme ont été plus forts chez les jeunes provenant de familles qui fonctionnaient moins bien au début du programme.

Un suivi effectué six ans après le second essai a montré une réduction de 37 % des diagnostics de troubles de santé mentale de même que des effets positifs sur les symptômes de troubles de santé mentale, les problèmes d’internalisation et d’externalisation, la consommation de substances, la scolarité, la compétence et le nombre de partenaires sexuels.26 Des améliorations dans l’efficacité de la discipline ont permis d’expliquer l’effet du programme sur la scolarité; des améliorations dans la qualité de la relation mère-enfant ont permis d’expliquer les effets du programme sur les symptômes de troubles psychologiques, les problèmes d’internalisation et les problèmes d’externalisation. Des améliorations dans la surveillance parentale ont permis d’expliquer les effets du programme sur la consommation de substances.

Les programmes centrés sur le parent ne résidant pas avec l’enfant

Dads for Life (DFL) est un programme de prévention pour les pères ne résidant pas avec leurs enfants. Dans le cadre d’une étude aléatoire contrôlée évaluant le DFL, les problèmes d’internalisation des enfants avaient diminué au post-test et cet effet s’est maintenu jusqu’au suivi effectué un an après la participation au programme. Les effets du programme étaient plus forts pour les jeunes qui avaient des problèmes plus importants au début du programme.27

Les programmes combinés centrés à la fois sur l’enfant et sur le parent qui réside avec lui

Dans le cadre de deux essais expérimentaux, on a évalué si une combinaison des programmes destinés aux mères et aux jeunes entraîne de plus grands effets.14,22 Selon les résultats obtenus, les effets ne sont pas plus forts lorsque la mère et l’enfant participent tous deux à des programmes concomitants.

Lacunes de la recherche

D’autres essais aléatoires contrôlés évaluant les programmes mentionnés ci-haut sont nécessaires pour identifier ceux qui entraînent systématiquement des effets positifs. De plus, la plupart des participants dans les études effectuées précédemment provenaient principalement de familles blanches, non-hispanophones, où les enfants étaient d’âge scolaire. Les effets des programmes devraient être examinés dans des échantillons plus variés sur les plans racial et culturel, qui incluent des enfants d’âge préscolaire de même que des enfants plus âgés et des adolescents. L’évaluation des coûts et bénéfices de ces programmes et le développement de stratégies pour les diffuser en contexte communautaire sont d’autres sujets importants pour la recherche future. L’amélioration des connaissances sur les variables médiatrices des programmes, l’identification des sous-groupes qui en bénéficient le plus, l’établissement de liens entre les développeurs de programmes et les organisations communautaires et le développement de stratégies pour rendre des programmes efficaces accessibles aux familles qui sont le plus à risque de développer des problèmes sont d’autres étapes importantes du processus de réduction du fardeau que représente le divorce en santé publique.

Conclusions

Plusieurs interventions basées sur la théorie ont entraîné des effets positifs à court et à long terme sur les problèmes d’adaptation des enfants suite au divorce de leurs parents. Les interventions auprès des enfants et des parents (qu’ils résident ou non avec l’enfant) sont efficaces pour promouvoir un développement sain suite au divorce. La combinaison de programmes centrés sur les parents et de programmes centrés sur les enfants n’a pas produit de bénéfices additionnels en comparaison avec les mêmes programmes utilisés seuls. Des analyses de médiation du NBP et du PTC ont indiqué que l’amélioration de la qualité de la relation mère-enfant et l’augmentation de l’efficacité de la discipline sont des composantes essentielles des programmes centrés sur le parent qui réside avec l’enfant. Des analyses du NBP et du DFL ont indiqué que ces interventions préventives sont plus bénéfiques pour les familles qui ont de plus grands problèmes au début du programme. Un suivi du NBP après six ans et un suivi du PTC après neuf ans ont démontré que les effets positifs de ces programmes se sont maintenus au fil des périodes développementales. En bref, il existe des résultats convaincants à l’effet que certains programmes pour les enfants de parents divorcés sont efficaces, particulièrement lorsqu’ils s’adressent à des familles qui présentent au départ plus de problèmes.

Implications pour les parents, les services et les politiques 

Il existe des appuis scientifiques à l’idée que la participation à des programmes de prévention mène à une réduction des problèmes d’adaptation des enfants et à une augmentation des compétences suite au divorce. Les effets des programmes touchent une grande variété d’issues développementales, incluant les troubles psychologiques, la délinquance, les problèmes de comportement, l’estime de soi et la scolarité. Les intervenants communautaires qui travaillent auprès des familles divorcées pourraient utiliser ces programmes dans leur traitement, lorsqu’ils enseignent aux parents des stratégies de disciplines efficaces et non-coercitives et des façons d’améliorer la qualité de leurs relations avec leurs enfants, et lorsqu’ils appuient le développement de capacités d’adaptation et de moyens adaptés d’expression émotionnelle chez les enfants. 

Malgré l’existence de plusieurs programmes efficaces, leur disponibilité est très limitée. Pour réduire le fardeau du divorce sur la santé publique, l’accessibilité à des programmes de prévention efficaces pour les familles doit être grandement améliorée. Un accès étendu à des programmes nécessitera le développement de stratégies pour qu’ils soient implantés rigoureusement en contexte communautaire et l’identification de sources de financement continu pour ces services.

Références

  1. National Center for Health Statistics. Births, marriages, divorces, and deaths: Provisional data for 2003. National Vital Statistics Report 2004;52(22):1-7.
  2. Amato PR. The consequences of divorce for adults and children. Journal of Marriage and the Family 2000;62:1269-1287.
  3. Kessler RC, Davis CG, Kendler KS. Childhood adversity and adult psychiatric disorder in the U.S. National Comorbidity Survey. Psychological Medicine 1997;27:1101-1119.
  4. Sun Y, Li Y. Stable postdivorce family structures during late adolescence and socioeconomic consequences in adulthood. Journal of Marriage & Family 2008;70(1):129-143.
  5. Amato PR, DeBoer DD. The transmission of marital instability across generations: Relationship skills or commitment to marriage? Journal of Marriage & the Family 2001;63(4):1038-1051.
  6. Kelly JB, Emery RE. Children's adjustment following divorce: Risk and resilience perspectives. Family Relations 2003;52:352-362.
  7. Tein JY, Sandler IN, MacKinnon DP, Wolchik SA. How did it work? Who did it work for? Mediation and mediated moderation of a preventive intervention for children of divorce. Journal of Consulting and Clinical Psychology 2004;72:617-624.
  8. Sheets V, Sandler IN, West SG. Appraisals of negative events by preadolescent children of divorce. Child Development 1996;67:2166-2182.
  9. Sandler IN, Tein JY, West S. Coping, stress, and psychological symptoms of children of divorce: A cross-sectional and longitudinal study. Child Development 1994;65(6):1744-1763.
  10. Scott KG, Mason GA, Chapman DA. The use of epidemiological
  11. methodology as a means of influencing public policy. Child Development 1999;70:1263–1272.
  12. Wolchik S, MacKinnon D, Sandler I. Population attributable fraction rates for youth from divorced families. Unpublished raw data. 2006.
  13. Pedro-Carroll JL, Cowen EL. The children of divorce intervention program: An investigation of the efficacy of a school-based prevention program. Journal of Consulting and Clinical Psychology 1985;53:603-611.
  14. Stolberg AL, Garrison KM. Evaluating a primary prevention program for children of divorce. American Journal of Community Psychology 1985;13:111-124.
  15. Pedro-Carroll JL, Alpert-Gillis LJ, Cowen EL. An evaluation of the efficacy of a preventive intervention for 4th-6th grade urban children of divorce. The Journal of Primary Prevention 1992;13,:115-129.
  16. Pedro-Carroll JL, Alpert-Gillis LJ. Preventive interventions for children of divorce: A developmental model for 5 and 6 year old children. The Journal of Primary Prevention 1997;18(1):5-23.
  17. Pedro-Carroll JL, Alpert-Gillis LJ, Cowen EL. An evaluation of the efficacy of a preventive intervention for 4th-6th grade urban children of divorce. The Journal of Primary Prevention 1992;13,:115-129.
  18. Pedro-Carroll JL, Cowen EL, Hightower D, Guare, JC. Preventive intervention with latency-aged children of divorce: A replication study. American Journal of Community Psychology. 1986;14(3):277-290.
  19. Pedro-Carroll JL., Sutton SE., Wyman PA. A two-year follow-up evaluation of a preventive intervention for young children of divorce. School Psychology Review 1999;28(3):467-476.
  20. Stolberg AL, Mahler J. Enhancing treatment gains in a school-based intervention for children of divorce through skill training, parental involvement, and transfer procedures. Journal of Consulting and Clinical Psychology 1994;62(1):147-156.
  21. Forgatch MS, DeGarmo D. Parenting through change: An effective prevention program for single mothers. Journal of Consulting & Clinical Psychology 1999;67:711-724.
  22. Wolchik SA, West SG, Westover S, Sandler IN, Martin A, Lustig J et al. The children of divorce parenting intervention: outcome evaluation of an empirically-based program. American Journal of Community Psychology 1993;21:293-331.
  23. Wolchik SA, West SG, Sandler IN, Tein JY, Coatsworth D, Lengua L, et al. An experimental evaluation of theory-based mother and mother-child programs for children of divorce. Journal of Consulting and Clinical Psychology 2000;68:843-856.
  24. DeGarmo DS, Forgatch MS. Early development of delinquency within divorced families: Evaluating a randomized preventive intervention trial. Developmental Science 2005;8:229-239.
  25. DeGarmo DS, Patterson GR, Forgatch MS. How do outcomes in a specified parent training intervention maintain or wane over time? Prevention Science 2004;5(2):73-89.
  26. Forgatch MS, Patterson GR, DeGarmo DS, Beldavs ZG. Testing the Oregon delinquency model with 9-year follow-up of the Oregon Divorce Study. Development and psychopathology 2009:21:637-660.
  27. Wolchik S, Sandler IN, Weiss L, Winslow E. New Beginnings: An empirically-based intervention program for divorced mothers to promote resilience in their children. In: Briesmeister JM, Schaefer CE, eds. Handbook of parent training: Helping parents prevent and solve problem behaviors. Hoboken, NJ: John Wiley & Sons; 2007:25-62.
  28. Braver SL, Griffin WA, Cookston JT. Prevention programs for divorced nonresident fathers. Family Court Review 2005;43(1):81-96.

Pour citer cet article :

Vélez CE, Wolchik SA, Sandler IN. Interventions auprès des parents et des enfants lors d’un divorce ou d’une séparation. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Emery RE, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/divorce-et-separation/selon-experts/interventions-aupres-des-parents-et-des-enfants-lors-dun-divorce. Publié : Septembre 2011. Consulté le 12 décembre 2018.