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Développement de l'agressivité physique

Richard E. Tremblay, Ph.D., MSRC, OQ

University College Dublin, Irlande & Université de Montréal, Canada

Janvier 2012, 2e éd. rév.

Introduction

La violence physique chez les adolescents et les jeunes adultes suscite de vives préoccupations dans toutes les sociétés modernes. En effet, le risque d'être arrêté et trouvé coupable d'un acte criminel est plus élevé à la fin de l'adolescence et au début de l'âge adulte qu'à tout autre moment de la vie. Au cours des 40 dernières années, des centaines d'études ont tenté de mieux comprendre comment des enfants enjoués deviennent de jeunes délinquants violents. La liste des facteurs associés à la délinquance juvénile violente comprend la surveillance inadéquate des enfants par les parents, la dislocation de la famille, l'influence négative des pairs et la pauvreté.1,2 La majorité des personnes arrêtées pour crime violent sont de sexe masculin. L’explication principale des comportements violents a longtemps été la suivante : « les comportements agressifs et violents sont des réponses apprises à la frustration, ils peuvent aussi être appris en tant qu’instruments destinés à atteindre des buts, et l’apprentissage se produit en observant des modèles de ce type de comportement. Ces modèles peuvent être observés dans la famille, chez les pairs, ailleurs dans le quartier, dans les médias de masse, ou dans la pornographie violente ».3

Résultats récents de la recherche

La plupart des études sur les comportements agressifs sont effectuées auprès d’adolescents et d’adultes. Toutefois, des études longitudinales ont commencé à suivre le développement de l’agressivité physique dans de grands échantillons de nouveaux-nés il y a environ 15 ans. Ces études ont maintenant montré que la plupart des enfants commencent à manifester de l’agressivité physique entre la fin de la première et de la deuxième année de vie.4,5 Cependant, il y a des différences importantes quant à la fréquence des comportements agressifs parmi les nourrissons et les tout-petits.6-9 La majorité des enfants manifestent occasionnellement des comportements agressifs, alors qu’une minorité utilise l’agression physique beaucoup moins souvent que la majorité et qu’une autre minorité l’utilise beaucoup plus fréquemment que la majorité. Les enfants d’âge préscolaire qui sont référés en clinique pour des problèmes de comportement le sont généralement en raison de conduites agressives.9

Les données disponibles sur le développement de l'agressivité physique pendant les années préscolaires indiquent que la fréquence des agressions physiques augmente chez la plupart des enfants pendant les 30 à 42 premiers mois après la naissance pour diminuer de manière constante par la suite.6-8 Moins de filles que de garçons atteignent les niveaux de fréquence les plus élevés, et les filles ont tendance à réduire la fréquence de leurs actes d'agression plus tôt dans la vie.10 Par ailleurs, les études longitudinales qui se poursuivent jusqu’à l’adolescence montrent que la période préscolaire est une période charnière pour l'apprentissage de la régulation de l'agressivité physique. En effet, la minorité d’enfants (de 5 à 10 %) qui continuent à manifester des niveaux élevés d'agressivité physique à l'école primaire présentent le risque le plus élevé de se livrer à des comportements de violence physique pendant l'adolescence.11,12

Il est intéressant de noter que la fréquence des agressions physiques diminue à partir de la troisième ou de la quatrième année après la naissance, alors que la fréquence des agressions indirectes (propos désobligeants à l’insu de la personne visée) augmente de façon importante entre 4 et 7 ans. Les filles ont tendance à utiliser cette forme d'agressivité plus souvent que les garçon.13,14

Les principaux facteurs de risque maternels liés aux problèmes d’agressivité physique graves chez les enfants sont les suivants : une faible scolarité, des antécédents de problèmes de comportement, une première grossesse à un jeune âge, la consommation de tabac pendant la grossesse et de faibles revenus.6-8,15,16 L’étude de larges échantillons de jumeaux semble également indiquer qu'il y a une contribution génétique à la problématique de l’agressivité.17

Conclusions

Contrairement aux croyances traditionnelles, les enfants n'ont pas besoin d'observer des modèles d'agression physique pour commencer à manifester ce genre de comportement. En 1972, Donald Hebb, un père de la psychologie moderne, a remarqué que les enfants n'ont pas besoin d'apprendre à faire une crise de colère.18 Dans son livre sur le développement social, écrit en 1979, Robert Cairns a rappelé que les animaux les plus agressifs étaient ceux qui avaient été isolés depuis la naissance.19 En effet, comme les autres animaux, les petits enfants recourent spontanément à l'agression physique lorsqu’ils cherchent à atteindre leurs buts, par exemple lorsqu’ils se fâchent ou désirent fortement un objet qu’une autre personne a en sa possession.20 Ainsi, les études sur la fréquence des agressions physiques pendant la petite enfance indiquent que les enfants n’ont pas besoin d’apprendre à utiliser l’agressivité physique; ils apprennent plutôt à ne pas l’utiliser. Cet apprentissage se produit grâce à des interactions variées avec leur environnement, par exemple lorsqu’ils sont blessés dans une tentative d’agresser quelqu’un ou réprimandés par les adultes, ou lorsqu’ils jouent à se battre21 ou utilisent l’agressivité indirecte.14

Même si la recherche récente sur le développement de l’agressivité pendant la petite enfance a amélioré considérablement notre compréhension du développement de l’agressivité tout au long de la vie, nous n’avons toujours pas élucidé les mécanismes qui expliquent pourquoi certains nourrissons sont plus agressifs que d'autres, pourquoi certains manifestent très peu d'agressivité physique, pourquoi les filles tendent à se livrer moins souvent à des formes d'agression physique que les garçons et pourquoi la plupart des enfants apprennent des alternatives à l’agressivité physique avant de commencer l'école alors qu’une minorité ne le fait pas.

Implications pour la prestation de services et pour l'élaboration des politiques

Les études précitées ont des implications importantes pour la prévention de l'agression physique. D’abord, comme la plupart des enfants apprennent des alternatives à l’agressivité physique pendant la petite enfance, cette période est probablement la plus favorable pour aider les enfants qui risquent de devenir des agresseurs physiques chroniques. Pour y arriver, il faudrait probablement supporter intensivement, dès la grossesse, les familles à haut risque.22 Ensuite, puisque la plupart des êtres humains ont utilisé l’agression physique pendant leur petite enfance, beaucoup courent le risque de l’utiliser à nouveau s’ils se retrouvent dans une situation où ils ne trouvent pas d’alternative satisfaisante. Ceci expliquerait pourquoi plusieurs crimes violents sont commis par des individus qui n’ont pas d’antécédents d’agressivité physique chronique et pourquoi tant de conflits parmi les familles, les groupes ethniques et religieux, les classes socioéconomiques et les nations mènent à l’agression physique. Ainsi, nous avons besoin de politiques pour réduire au minimum les situations qui créent des conflits entre les citoyens de tous âges.

Références

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  22. Schweinhart L, Xiang Z. Evidence that the High/Scope Perry Preschool Program prevents adult crime. Paper presented at: The 2003 American Society of Criminology Conference. November, 2003; Denver, CO.

Pour citer cet article :

Tremblay RE. Développement de l'agressivité physique. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Tremblay RE, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/agressivite-agression/selon-experts/developpement-de-lagressivite-physique. Actualisé : Janvier 2012. Consulté le 22 septembre 2018.