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Est-ce important?

Selon l’Organisation internationale pour les migrations,1 environ 200 millions de personnes vivent actuellement hors de leur pays d’origine. Parmi les raisons expliquant cette réinstallation physique, on retrouve l’insécurité financière, l’instabilité politique, les possibilités éducatives et la croissance démographique. Les changements culturels et psychologiques liés aux coutumes, à la langue et aux valeurs (l’acculturation) découlant du contact avec une culture différente sont susceptibles de varier selon le désir de l’individu de conserver sa culture d’origine et d’adopter la culture de la société dominante. Les personnes qui participent activement tant à la culture d’origine qu’à la culture de la société dominante (l’intégration) ont tendance à mieux s’adapter au processus d’immigration que ceux qui se tournent exclusivement vers leur culture d’origine (la séparation). Ces deux stratégies d’acculturation sont particulièrement importantes chez les enfants et les adolescents immigrants. En effet, lorsque les enfants immigrants deviennent des adolescents, ils s’intègrent de plus en plus à la société d’accueil, et leurs relations dans chaque contexte culturel jouent un rôle considérable dans le développement de leur personnalité et de leur identité. Étant donné que les enfants immigrants représenteront tôt ou tard une grande proportion des travailleurs dans de nombreux pays nantis, il est important de promouvoir leur bien-être, leur développement et leur réussite.

Que savons-nous?

Des études longitudinales effectuées au Canada pendant les années 1980 et 19902 ont montré que les enfants immigrants pourraient être moins susceptibles d’éprouver des problèmes émotionnels et comportementaux que les enfants non immigrants (de 4 à 11 ans). Bien qu’ils courent un risque accru de vivre des difficultés sociales et économiques, les enfants immigrants de la première génération pourraient être plus résilients en raison de certains facteurs de protection personnelle, situationnelle et familiale, notamment : 1) un faible risque d’association avec des pairs déviants;  2) une forte identité ethnique; 3) le fait de vivre dans des quartiers où résident de nombreux immigrants de la première génération; 4) le fait de vivre dans un foyer avec deux parents; et 5) un faible taux de problèmes de santé mentale et de comportements à risque chez les parents. Toutefois, ces facteurs de protection semblent se dissiper au fil du temps et atteindre un niveau semblable à celui des enfants non immigrants, ce qui explique pourquoi la santé mentale se détériore généralement d’une génération d’enfants immigrants à l’autre. Les conflits parents-enfants peuvent également intensifier cette perte de résilience. Les parents et les enfants ne partagent pas toujours la même attitude en ce qui a trait à l’adoption des valeurs et des croyances de la société dominante. Puisque les enfants immigrants sont en contact avec des agents de socialisation autres que les membres de leur famille, comme leurs pairs, leurs enseignants et les professionnels, ils apprennent et mettent en pratique plus rapidement les coutumes et la langue de la société dominante. En fait, une étude longitudinale américaine fait ressortir que les adolescents immigrants s’adaptent mieux lorsqu’ils maîtrisent leur langue maternelle et celle du pays d’accueil et lorsqu’ils passent d’un contexte social et culturel à l’autre sans problème. 

L’intégration des enfants immigrants repose également sur leur désir d’être acceptés par leurs pairs. En devenant amis avec des enfants de la culture dominante, les enfants immigrants apprennent et adoptent les coutumes et les valeurs socioculturelles de la société dominante (par exemple, en prenant part à des activités non supervisées durant l’adolescence). Toutefois, les parents immigrants sont plus réfractaires à ces changements et ils continuent d’accorder une grande valeur au maintien de leur culture traditionnelle (à savoir, les coutumes de la culture d’origine). Cet écart d’acculturation est susceptible de compliquer la communication et la compréhension mutuelle entre les deux générations, ce qui intensifie les tensions et les conflits.

En dernier lieu, les parents pourraient également se rendre compte des limites de leurs pratiques parentales lorsqu’ils doivent avoir affaire au système de l’éducation, de la santé et de la protection de la jeunesse. Étant donné que plusieurs familles immigrantes habitent dans des pays où les options scolaires, les politiques et la langue diffèrent de celles de leur pays d’origine, les parents immigrants risquent de ne pas toujours être compris par les prestataires de services. Cette situation pourrait entre autres réduire la capacité des parents à aider leurs enfants avec leurs travaux scolaires.

Que peut-on faire?

Tout comme les familles immigrantes apprennent la langue et les coutumes de la culture d’accueil, il est important que les fournisseurs de services et les décideurs aient des connaissances approfondies sur les croyances culturelles et les attentes des parents immigrants en ce qui concerne le développement de leurs enfants. Les coutumes, les rites et les pratiques parentales des immigrants diffèrent de ceux de la société dominante et peuvent avoir des répercussions sur le développement normatif des enfants. Les cliniciens devraient être au courant de ces différences, afin de mieux comprendre les besoins et les points forts des enfants immigrants. Pour que les familles immigrantes bénéficient de services communautaires adéquats, les fournisseurs de services éducatifs et de santé, ainsi que les autres organismes, sont encouragés à offrir des services d’intervention et d’interprétation dans la langue que les enfants et les familles parlent à la maison. En intervenant directement auprès des parents immigrants et en leur apportant l’information nécessaire sur le système éducatif de leurs enfants dans leur nouvelle culture, le personnel scolaire pourrait réduire les écarts d’acculturation entre les deux générations. Non seulement les parents se familiariseraient avec le système éducatif, mais ils comprendraient mieux ce qu’on attend de leurs enfants. Toutefois, les politiques d’éducation et les programmes scolaires pour les adolescents immigrants de la première génération ayant peu ou pas d’expérience scolaire doivent aborder des politiques différentes de celles des immigrants de la première génération qui ont, eux, fait leur scolarité en grande partie ou complètement dans la culture de la société dominante. Finalement, la tolérance de la diversité culturelle dans la société dominante, telle que reflétée par les politiques, les discours publics et une faible discrimination perçue, est nécessaire afin de promouvoir des partenariats entre deux cultures.

Notes :

1 Site Web de l’Organisation internationale pour les migrations. Disponible à l’adresse : www.iom.int/jahia/jsp/index.jsp.

2 Ma X. The first ten years in Canada: A multi-level assessment of behavioural and emotional problems of immigrant children. Canadian Public Policy 2002;28:395-418. 

Pour citer cet article :

Immigration : Synthèse. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Bornstein MH, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/immigration/synthese. Actualisé : Décembre 2020. Consulté le 20 janvier 2021.